Noël

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La Crèche : le mot signifie « mangeoire ». C’est une caisse de bois pour mettre du foin. Quand le Très-Haut vient sur notre terre, il est accueilli comme le dernier des misérables.

Bientôt, Hérode enverra ses soldats.

On pourrait soutenir que rien n’est plus tragique. Pourtant, rien n’est plus beau. Je vous ai recopié le récit de la première reconstitution de la Crèche, à Greccio, en 1223. À l’initiative de saint François, on célèbre la messe de Noël dans une simple grotte. On a mis en place un âne et un bœuf. D’après le récit de Thomas de Célano, François parla cette nuit-là avec une joie très extraordinaire. La contemplation de la croix du Christ était depuis l’origine au cœur de sa vie religieuse. Sa joie n’a donc rien de naïf. Elle n’a rien non plus de la triste rigolade d’un homme qui a décidé de s’amuser. Elle est la joie pure d’un pauvre qui a mis sa confiance en Dieu.

Si nous ressentons en ce Noël une joie analogue, il est important que nous puissions en témoigner. Nous constatons tous les jours que le pessimisme gagne du terrain. Nous ne savons pas plus que d’autres de quoi demain sera fait. Mais il se passe que le message de Noël nous touche. La veille de sa passion le Christ a fait une promesse : « Ma joie, nul ne pourra vous la ravir » (Jn 16,22). Il nous arrive d’expérimenter cela.

Nos crèches ne représentent pas pour nous les rêves d’une époque révolue. Elles disent que le Tout-Puissant s’est fait proche. Rien ne nous séparera de son Amour.

Père Jean-Loup Lacroix

Greccio

On était au mois de décembre 1223. Un grand désir s’empara de François : célébrer Noël au milieu des gens de la montagne et cela d’une manière sensible, scénique, en reconstituant la crèche vivante. « Je veux, disait-il, évoquer le souvenir de l’Enfant qui naquit à Bethléem. Je veux le voir, de mes yeux de chair, tel qu’il était, couché dans une mangeoire et dormant sur le foin, entre un bœuf et un âne. » Cette idée neuve et naïve avait germé soudain dans son cœur, mais elle exprimait tout son être. C’était, en vérité, une idée extraordinaire, géniale, comme seuls les poètes peuvent en imaginer : voir et faire voir, avec des yeux d’enfant, l’événement du salut, Dieu dans son avènement de douceur.

Noël arriva. Les gens de Greccio et des environs avaient été convoqués, ainsi que les frères des ermitages voisins. Dans la nuit, ils se dirigeaient tous, à la lueur des torches, vers la grotte qui s’ouvrait dans le flanc de la montagne. Les bois retentissaient de leurs chants. Sous le rocher, une crèche était pré­parée avec une mangeoire et de la paille : on avait amené là un bœuf et un âne. « Fran­çois, raconte Thomas de Celano, passa la veillée debout devant la crèche, brisé de com­passion et rempli d’une indicible joie », comme s’il voyait réellement l’Enfant couché dans la mangeoire. On chanta Matines. Puis la messe commença. François, en qualité de diacre, chanta l’Évangile. Sa « voix vibrante et douce, claire et sonore » annonçait l’heureux événement ; elle l’annon­çait aux gens présents, mais aussi à tous les autres. Cette nuit-là, la Chrétienté retrouvait des yeux d’enfant.

François n’était ni théologien ni philosophe. « C’était, dit Chesterton, un poète dont la vie entière était un poème. » Il fut le poète de l’humanité de Dieu et en même temps celui de la fraternité humaine. Ce fut le sens de ce Noël qu’il célébra à Greccio. Là, dans le rude hiver des hommes et de la nature, en communiant avec les gens les plus simples et avec les animaux eux-mêmes, il « réinventa », dans une création poétique, la tendresse de Dieu, comme aucun théologien ne l’eût jamais fait.

(Eloi LECLERC, François d’Assise, éditions DDB, pp. 203-206)

 

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