Désormais, ne pèche plus

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
Jésus s’en alla au mont des Oliviers.
Dès l’aurore, il retourna au Temple.
Comme tout le peuple venait à lui,
il s’assit et se mit à enseigner.
Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme
qu’on avait surprise en situation d’adultère.
Ils la mettent au milieu,
et disent à Jésus :
« Maître, cette femme
a été surprise en flagrant délit d’adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné
de lapider ces femmes-là.
Et toi, que dis-tu ? »
Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve,
afin de pouvoir l’accuser.
Mais Jésus s’était baissé
et, du doigt, il écrivait sur la terre.
Comme on persistait à l’interroger,
il se redressa et leur dit :
« Celui d’entre vous qui est sans péché,
qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
Il se baissa de nouveau
et il écrivait sur la terre.
Eux, après avoir entendu cela,
s’en allaient un par un,
en commençant par les plus âgés.
Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu.
Il se redressa et lui demanda :
« Femme, où sont-ils donc ?
Personne ne t’a condamnée ? »
Elle répondit :
« Personne, Seigneur. »
Et Jésus lui dit :
« Moi non plus, je ne te condamne pas.
Va, et désormais ne pèche plus. »
– Acclamons la Parole de Dieu.

Jésus et la femme adultèreLe débat n’était pas théorique. Il y avait cette femme, qui était là, prise en faute.
Est-ce que ces hommes voulaient vraiment sa mort ? On dit parfois que le supplice archaïque de la lapidation n’était plus appliqué en cas d’adultère. Je constate pourtant que ce supplice sera utilisé quelques années plus tard contre le diacre Etienne – Saint Etienne, le premier martyr – par des gens de la même tendance que ceux qui s’opposent alors à Jésus. Ces hommes ne voulaient sans doute pas la mort de cette femme ; mais ils étaient prêts à la tuer, pour l’exemple, pour défendre leurs principes, pour exprimer leur colère.

Surtout, ils voulaient piéger Jésus. Il les indisposait en se montrant bon, en fréquentant des gens de peu de vertus.
Ils voulaient le contraindre à prendre position.

Jésus ne veut pas leur répondre. Il ne leur tourne pas le dos. Il ne s’esquive pas. Il reste assis. Il fait simplement ce geste, un peu déroutant, qu’il n’expliquera pas, de tracer des signes sur le sol.

La tension est extrême. On insiste. « Qu’est-ce que tu réponds ? »
-« Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. »
L’un d’entre eux va-t-il oser ?

Jésus s’est de nouveau penché vers le sol.

Les scribes et les pharisiens sont encore là. On imagine ce qui les retient. Ils savent bien qu’ils ne sont pas «sans péché » Et tout le monde le sait.
Vous aurez remarqué qu’on avait amené cette femme, mais pas son compagnon. Comme souvent, comme aujourd’hui encore, on demandait aux femmes d’être exemplaires, pas aux hommes.

Eux ne l’étaient pas. Pas totalement, en tout cas. Plusieurs d’entre eux étaient sans doute des maris fidèles, mais ils n’étaient pas « sans péché ». D’une façon ou d’une autre, plus ou moins gravement, ils étaient des hommes pêcheurs. Comme l’étaient les disciples de Jésus. Comme nous le sommes.

Ils avaient besoin pour eux-mêmes de cette miséricorde qu’ils refusaient à cette femme. Ils avaient besoin de rédemption. Ils avaient besoin, comme nous, du pardon des péchés que les sacrifices d’expiation célébrés au temple voulaient procurer, mais sans y parvenir pleinement.

Les plus âgés s’en vont les premiers. Ils ont compris plus vite. Leur vie plus longue leur a appris que tous les hommes sont pécheurs. Ils savent bien que personne parmi eux n’osera s’emparer d’une pierre et la jeter le premier.

Jésus est face à cette femme. La voilà tirée d’affaire. Jésus lui précise que lui non plus – lui qui pourtant est sans péché – il ne la condamne pas. Pour qu’il n’y ait pas de malentendu, pour qu’elle comprenne ce qui lui reste à faire, Jésus lui dit : « Ne pèche plus. »

Nous pouvons nous arrêter un instant à imaginer les sentiments de cette femme qui fait l’expérience de la Miséricorde.

Sa vie était faite de laisser-aller. Elle était mécontente d’elle-même, mais elle suivait sa pente. Moralement, elle était détruite.

Ce jour-là, elle avait connu la honte et la terreur. Sa vie avait été sauvée de justesse. Allait-elle rentrer chez elle honteusement ? Tenter de se faire oublier? Mais l’homme de Nazareth lui avait dit « Ne pèche plus » ! C’était lui dire qu’elle en était capable.

Elle allait rentrer chez elle pour mener une vie nouvelle. Son passé ne serait pas oublié, mais on constaterait vite qu’elle n’était plus la même. Sa vie serait plus austère, mais digne, mais respectable. De nouveau respectable. En somme.

Elle serait témoin de la miséricorde.

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