“Je ne me sens pas meilleur”

« Je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi »

Question : Vous vous êtes défini plus d’une fois comme un « pécheur ». Quand vous avez rencontré des détenus à , en Bolivie, pendant votre voyage en Amérique latine en 2015, vous avez dit : « Devant vous se trouve un homme à qui l’on a pardonné ses nombreux péchés. » Il est frappant d’entendre un pape parler ainsi de lui-même…

Pape François : Vraiment ? Je ne crois pas que ce soit quelque chose de si rare, y compris dans la vie de mes prédécesseurs. J’ai lu, dans le dossier du procès en béatification de Paul VI, le témoignage d’un de ses secrétaires auquel le pape avait confié ceci : « J’ai toujours considéré comme un grand mystère de Dieu le fait de me trouver dans la misère, et de me trouver aussi face à la miséricorde de Dieu. Moi, je ne suis rien, je suis misérable. Dieu le Père m’aime, Il veut me sauver, Il veut me tirer de cette misère où je me trouve, mais je suis incapable de faire cela par moi-même. Alors Il envoie Son Fils, un Fils qui apporte justement la miséricorde de Dieu, traduite en acte d’amour à mon égard. » C’est une très belle synthèse du message chrétien.

Et que dire de l’homélie avec laquelle Albino Luciani (le futur pape Jean-Paul Ier) a inauguré son épiscopat à Vittorio Veneto, en soutenant que le choix était tombé sur lui parce que certaines choses, au lieu de les écrire dans le bronze ou le marbre, le Seigneur préférait les écrire dans la poussière.

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Le pape est un homme qui a besoin de la miséricorde de Dieu. Je l’ai dit sincèrement, y compris devant les détenus de Palmasola, en Bolivie, devant ces hommes et ces femmes qui m’ont accueilli avec chaleur. Je leur ai rappelé que saint Pierre et saint Paul aussi avaient été des prisonniers. J’ai une relation spéciale avec ceux qui vivent en prison, privés de leur liberté. J’ai toujours été très attaché à eux, justement à cause de la conscience que j’ai d’être un pécheur. Chaque fois que je franchis le seuil d’une prison, pour une célébration ou pour une visite, je me demande toujours : pourquoi eux et pas moi ? Je devrais être ici, je mériterais d’y être. Leurs chutes auraient pu être les miennes, je ne me sens pas meilleur que ceux qui sont en face de moi. Et je me retrouve donc en train de répéter et de crier : pourquoi lui et pas moi ? Cela peut scandaliser, mais je me console avec Pierre : il avait renié Jésus, et il a quand même été choisi.

Pape François, Le Nom de Dieu est Miséricorde, éditions Robert Lafont, Paris 2016, pages 61-62.

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