Le millénaire passé

cardinal-andre-vingt-troisDans notre tradition occidentale, le millénaire passé fut celui d’une longue progression de l’intelligence humaine, de sa passion à développer la connaissance du monde, de sa capacité à dominer les forces de l’univers et de son inventivité technologique.

Ce fut le millénaire des progrès incessants des possibilités de production, du savoir-faire dans le soulagement des souffrances humaines : progrès de l’agriculture, de l’industrie, du commerce, des échanges entre les hommes, progrès de la médecine qui guérit à mesure qu’elle découvre les causes des maladies, progrès des technologies qui facilitent la vie, progrès des moyens culturels. On n’en finirait pas d’énumérer tout ce qui a été conquis pendant ces dix siècles ! En tout cas, les contraintes élémentaires semblaient surmontées.

Contrairement à ce que certains ont pensé, surtout dans les deux derniers siècles, cette maîtrise de l’univers n’a pas abouti à une réelle libération de l’humanité. Informés en temps réel des événements du monde entier, nous découvrons que si le fléau de la faim a été vaincu chez nous, il ne l’est pas pour tous les hommes de la planète. Le mythe de la sécurité sanitaire, de la vie sans risque, ne peut faire oublier que des épidémies mortelles continuent de ravager le globe. La paix, si laborieusement maintenue pendant quelques décennies, paraît bien précaire quand nous voyons les violences ethniques et politiques déchirer des peuples entiers à nos portes et venir s’imposer jusque sur notre territoire.

Les progrès formidables dont nous sommes à la fois les réalisateurs et les bénéficiaires n’ont pas fait disparaître le malheur du monde, non seulement dans les pays lointains que la télévision apporte en notre logis, mais encore chez nous, dans notre société que l’on dit développée et civilisée.

Nous le voyons chaque jour, les mécanismes économiques et financiers des sociétés industrialisées ne produisent pas que des profits et du bien-être. Ils engendrent de nouvelles misères d’autant plus douloureuses que l’écart entre les « gagnants » et les « perdants » va sans cesse croissant. Pour le bien-être dont nous jouissons, petite minorité sur la planète, tous payent le prix fort. D’abord évidemment ceux qui en sont rejetés, ceux qui ne sont pas jugés performants. Mais aussi ceux qui en bénéficient au prix de l’équilibre de leur vie personnelle, du bonheur et de la mission de leur famille.

Nous le constatons aussi de manière violente quand la quiétude de notre vieille Europe est bousculée par l’afflux de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient la misère et la mort et qui viennent nous rappeler par leur présence la destination universelle des biens dont nous jouissons. Aux rivages de la Manche comme aux abords de nos agglomérations prospères des êtres humains végètent dans des conditions indignes et insalubres.

Ces nouvelles maladies de notre société nous rappellent, s’il en était besoin, que la véritable liberté pour tout homme, pour chaque homme, passe par une évaluation morale permanente de nos choix, par leur confrontation avec la promesse du salut que Dieu a donnée à l’humanité comme une possibilité et une espérance, comme un objectif et une mission.

A nouveau, il nous faut entendre cette Bonne Nouvelle actualisée en Jésus-Christ :
« Il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu’ils sont libres, et aux aveugles qu’ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. »

(Preùière partie de l’homélie du Cardinal André VINGT-TROIS à la messe chrismale du 23 mars 2016)

Les commentaires sont fermés.