Celui qui veut marcher à ma suite

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart.
Comme ses disciples étaient là,
il les interrogea :
« Au dire des foules, qui suis-je ? »
Ils répondirent :
« Jean le Baptiste ;
mais pour d’autres, Élie ;
et pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. »
Jésus leur demanda :
« Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Alors Pierre prit la parole et dit :
« Le Christ, le Messie de Dieu. »
Mais Jésus, avec autorité,
leur défendit vivement de le dire à personne,
et déclara :
« Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup,
qu’il soit rejeté
par les anciens, les grands prêtres et les scribes,
qu’il soit tué,
et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Il leur disait à tous :
« Celui qui veut marcher à ma suite,
qu’il renonce à lui-même,
qu’il prenne sa croix chaque jour
et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie
la perdra ;
mais celui qui perdra sa vie à cause de moi
la sauvera. »
– Acclamons la Parole de Dieu.

Pour vous qui suis je Penture de BernaOn ne peut pas parler du Christ sans parler de ses souffrances. C’est ainsi. Ce jour-là, Jésus interroge ses disciples. Il leur pose une question un peu étrange : « Qui suis-je ? » Jésus ne vivait pas sous une fausse identité, mais il portait en lui un mystère.
Pierre a compris. L’Esprit Saint lui a soufflé la bonne réponse : « Tu es le Messie ». Jésus approuve. Les voici dans la confidence. Jésus leur donne la consigne de garder le secret.
On pourrait s’attendre à ce que Jésus n’en dise pas plus. Mais le voici qui annonce son rejet par les anciens, puis sa mort, puis sa résurrection, Jésus insiste : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il prenne sa croix ».

Quand nous parlons du Christ, notre premier réflexe n’est pas de dire cela. Il nous arrive bien souvent de parler de Jésus sans trop évoquer ses souffrances.
Quand on parle de lui à des enfants, on leur explique qu’il était un homme bon, qu’il guérissait les malades, qu’il parlait de Dieu mieux que personne, qu’on pourrait devenir ses amis et qu’on le peut encore. On essaye de faire comprendre qu’il venait de Dieu, pas comme un simple envoyé, mais comme le Fils de Dieu. Il venait du Ciel. Il était le Fils Unique.
On est tenté de s’attarder sur tout ce qui rendait merveilleux l’amitié avec Jésus et sur ce qu’il peut nous donner. La tentation est grande de repousser sans cesse le jour où il faudra parler de la mort de Jésus. Sa mort et ses souffrances. Sa mort sur une croix.
Si on tardait trop, ce serait pourtant une tromperie. Jésus n’est pas un doux rêveur qui aurait mené une vie bucolique sur les bords d’un lac, au milieu des fleurs et des petits oiseaux. Il est celui qui est mort sur la Croix.
La Passion n’est pas un chapitre facultatif du programme du catéchisme. Sa mort ne figure pas dans la version longue du Credo, comme une précision qu’on apporte, sans figurer dans la version courte, où l’essentiel serait dit.

Rappeler cela peut sembler trop dur. Nous savons pourtant que nous n’avons tout simplement pas le droit de faire silence sur ce point.
Donner à la croix du Christ une importance secondaire, ce n’est pas être fidèle à ce que l’on trouve dans les Évangiles. C’est méconnaître la vérité historique.
Nous aurions tort d’être choqués. En fait, il est bien naïf de penser qu’il serait souhaitable que l’histoire du Seigneur ait été moins dramatique. Il est tout à fait naïf, pour ne pas dire stupide, d’imaginer qu’elle aurait été plus crédible sans la passion et la mort de Jésus.

Si nous réfléchissons, nous pouvons comprendre que la Croix est elle-même une bonne nouvelle, qu’elle est elle-même évangile.
Si Jésus n’était pas mort, on ne pourrait plus croire en lui quand viennent les ténèbres, quand la mort emporte ceux que nous aimions, quand elle frappe indistinctement les méchants comme les bons.
Si Jésus n’avait pas souffert, il n’aurait rien à dire à ceux qui souffrent.

Je dis que la Croix est une bonne nouvelle parce que nous savons bien que nous allons nous-mêmes vers la mort, parce que nous savons bien que les ténèbres viendront, parce que nous faisons déjà l’expérience d’être séparés d’êtres chers et parce que nous avons donc besoin de pouvoir compter sur la puissance du Christ dans nos propres épreuves, maintenant comme à l’heure de notre mort.

Si Jésus n’avait fait qu’effleurer le mystère du mal, il ne serait difficile de croire bien longtemps qu’il est le messie. Comment le Sauveur pourrait-il nous sauver en se tenant à distance ? Comment l’Évangile pourrait-il nous libérer de la peur s’il n’était qu’une histoire enjolivée. Une histoire rassurante, on l’écoute d’une oreille distraite. On remercie qui voudrait nous remonter le moral par de bonnes paroles. Mais rien n’est changé.

L’Évangile n’est pas ainsi. Jésus peut nous demander de vivre dans la confiance, il peut nous donner la paix, parce qu’il est passé devant.
Il peut ensuite nous demander de marcher à sa suite, et de donner notre vie, comme lui, parce que nos souffrances et notre mort, le jour venu, ne seront pas absurdes.
Grâce à lui elles auront le sens et la valeur d’une vie offerte.

Pour la gloire de Dieu. Et le salut du monde.

Père Jean-Loup Lacroix
dimanche 19 juin 2016

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