Épiphanie

C’est ainsi que les Mages ont ouvert leur cœur. Leur cœur s’est mis en route vers Dieu en même temps que leurs pas se dirigeaient vers Bethléem. Ils sont de ceux qui, dévorés par la faim et la soif de justice, aspirent vers le Sauveur et repoussent la pensée que l’homme pourrait, sur la route de la rencontre avec Dieu, négliger de faire le petit pas qui lui est demandé, sous prétexte que Dieu, lui, doit en faire mille.

Ils le cherchent donc, lui, le Salut. Ils le cherchent au firmament du Ciel, mais aussi dans leur cœur ; dans le silence, mais aussi par les questions qu’ils posent aux hommes, y compris aux Juifs et à leurs saintes Écritures.

Ah ! leur cœur aura bien tremblé un peu lorsque leur science, rejoignant l’idée vague, répandue autour d’eux, que les Juifs attendaient un Sauveur, a pris brusquement l’allure d’une exigence pratique, celle d’un voyage très concret à entreprendre. Ils se seront effrayés de leur propre audace.

Animés d’un saint courage, ils partent. Et voilà soudain leur cœur plus léger.

Allons, mon cœur, risque à ton tour ce voyage vers Dieu ! Allons, en route ! Oublie le passé, il est mort. La seule chose qui te reste, c’est l’avenir. Regarde donc en avant.

Ne te décourage pas : l’étoile est là, elle luit. Les saints Livres nous disent où se trouve le Rédempteur, et nous sommes aiguillonnés par cette ardente insatisfaction qui dévore notre cœur.

Nous venons d’entrer dans une nouvelle année. Tous les chemins qui la traversent, de l’Orient à l’Occident, seront entraînés avec elle dans l’écoulement sans fin des années et des siècles. Mais on peut, même sur ces chemins, être de ces bienheureux pèlerins qui marchent vers l’Absolu, de ceux dont le voyage terrestre est un voyage vers Dieu. Allons, mon cœur, ouvre-toi et mets-toi en route, car l’étoile a lui. Tu ne peux sans doute emporter beaucoup de bagages, et tu en perdras bien d’autres en chemin. N’importe, va de l’avant. L’or de l’amour, l’encens du désir, la myrrhe de la souffrance, tu possèdes déjà tout cela. Il acceptera tout cela. Et nous finirons par le trouver.

Karl Rahner, L’Homme au Miroir de l’Année Chrétienne (1966).

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