Hommage

Les célébrations religieuses du Centenaire

À Paris, le 11 novembre 1918 fut un jour de liesse. Les
historiens racontent comment la population fut d’abord incrédule. Se pouvait-il
que la paix soit signée ? À 11 heures, on entendit le bourdon de
Notre-Dame se mettre à sonner, longuement. Le doute n’était plus possible.

En fait, la joie n’était pas générale. La guerre avait été
trop cruelle. Elle avait mis fin à trop d’illusions. Le jeune Winston Churchill
fit plus tard cette confidence : « Je n’éprouvai aucune allégresse.
Rien ou presque de ce qu’on m’avait appris à croire n’avait survécu. »

En 1917, le pape Benoît XV avait fait des efforts
considérables pour que soit négociée une paix honorable. En France comme en
Allemagne, les catholiques eux-mêmes s’étaient opposés à lui. Un éminent
religieux français s’était permis de lui rétorquer un non possumus resté célèbre : « Très Saint Père, nous ne
pouvons pas, pour l’instant, retenir vos appels de paix » (R. P. Sertillanges,
église de La Madeleine, 10 décembre 1917).

Une paix fragile donc, qui conduira à pire encore. Nous
pourrions essayer de ne plus y penser. Nous n’en avons pas le droit. Le « devoir
de mémoire » vaut pour toutes les guerres. Et l’Église le fait sien.

En ce jour du Centenaire, nous voulons rendre hommage à tous
ceux qui perdirent alors la vie, et aussi à ceux qui survécurent, aux anciens
combattants. Tous, à des degrés divers, furent des victimes. Beaucoup furent
des héros. Ils avaient le sens du devoir, et donc aussi celui du sacrifice.
L’abnégation, cette notion qui vient en droite ligne de l’enseignement de saint
Paul sur le Christ (Ph 2,7), n’était pas pour eux une aberration, mais une
évidence.

Nous ne voulons pas oublier car nous savons que Dieu, quant
à lui, n’oublie pas. Il est le Dieu fidèle. Cela est si vrai qu’il ne laisse pas
les morts tomber dans le néant. Si vrai qu’aucune vie n’est perdue, aucun
sacrifice n’est jamais vain.

On peut se sacrifier de manière absurde. Même alors, Dieu
reconnaît en celui qui donne sa vie une très véritable ressemblance avec le
Christ donnant la sienne. À plus forte raison, il reconnaît et récompense le
sacrifice de qui risque et donne sa vie pour la paix, pour la justice, pour la
protection d’autrui, pour le secours à des victimes et pour toute juste cause.

Qu’on en soit conscient ou non, toute passion est une
compassion. On est sur la croix avec le Sauveur.

Dans la cohérence de notre foi, en ce 11 novembre 2018,
notre prière s’adresse à Dieu pour ceux qui furent tués comme ceux qui
survécurent. Que ce qu’ils firent de bien trouve dès aujourd’hui sa récompense.
Que ce qu’ils firent de mal leur soit pardonné. Auprès de Dieu, que tous
reposent et soient en paix.

Père Jean-Loup Lacroix