Nativité

Elle a la tête penchée, les mains ouvertes. Elle regarde. On devine le silence. Elle est habillée d’un ample vêtement bleu. Son voile laisse apparaître des cheveux blonds, mi-longs.

Ce n’est pas Marie telle qu’on l’imagine. Elle n’a pas les traits d’une jeune femme de Judée. L’artiste n’a pas cherché à nous donner une reconstitution historique plausible. Il a surtout voulu qu’elle soit belle.

Son enfant est à ses pieds. Il n’est pas emmailloté de langes. Ce n’est plus un nouveau-né. Il joint ses petites mains comme s’il avait une prière à dire. L’artiste voulait surtout qu’il soit adorable. Littéralement.

On peut préférer des représentations plus réalistes. Les artistes de la fin du Moyen Âge avaient pour habitude de représenter l’Enfant de Bethléem sous les traits d’un bébé maigrichon, disgracié, comme jeté là dans un monde hostile. Il fallait que l’on ressente la pauvreté de la Sainte Famille, l’inconfort de l’étable où elle avait trouvé refuge, et surtout l’inimaginable abaissement du Dieu fait homme.

Notre crèche de cette année délivre un autre message. Il est à contre-courant, comme s’il s’agissait d’apporter un contre-poids aux informations décourageantes qui font l’actualité et au message véhiculé par beaucoup d’œuvres contemporaines.

L’esthétique du bel espace lumineux qui attire nos regards n’est aucunement celle d’une protestation ou d’une caricature. Elle est faite de simplicité et de beauté, de recueillement, de piété. Marie, si belle, est en prière devant l’Enfant, son si bel enfant !

Arrêtons-nous. Faisons silence. Ouvrons tout grand les yeux, comme font les enfants. Essayons de joindre nos mains. Laissons les mots de la prière monter de notre cœur. Ne sentez-vous pas cette paix qui vient ?

Une paix à contre-courant, mais pas une paix factice. Il ne nous est pas demandé d’oublier nos soucis : il nous est proposé de les déposer là, au pied de la mangeoire où le Sauveur repose. Comme une offrande. Comme une confiance faite. Un acte de foi.

« Paix sur la terre aux hommes que Dieu aime. » Oui, c’est bien ce que nous avons à redécouvrir. C’est le chant des Anges. C’est l’Évangile. À Noël, quand on le peut, on célèbre trois messes : celle de la nuit, puis celle de l’aurore, puis celle du jour. Noël, c’est la Lumière qui vient dans les ténèbres (Jn 1,5). C’est l’histoire d’une nuit que se fait douce et sainte. Et bientôt lumineuse.

On explique souvent que Noël a succédé à une fête païenne du solstice d’hiver. Renseignements pris, c’est plutôt l’inverse, en l’an 274, l’empereur Aurélien instaure la fête païenne du sol invictus pour concurrencer la fête chrétienne de la Nativité. Retenons surtout que Noël est une fête de Lumière. L’événement de la naissance du Christ, c’est le Seigneur qui vient « pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres, pour conduire nos pas au chemin de la paix » (Lc 1,79).

Le bienheureux cardinal Newman priait ainsi : « Guide-moi, douce Lumière ». Il s’adressait au Christ.

Père Jean-Loup Lacroix

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