Le jour d’après

Les pompiers viennent de terminer leur travail. Nous regardons, consternés. On prend deux ou trois photos. J’ai hésité à vous monter celle-ci. Je ne veux pas céder au sensationnalisme. Pourtant, c’est bien cette noirceur que nous avons à affronter. Là comme ailleurs.

Aucun objet religieux n’a été atteint. Seulement une porte, pourrait-on dire. Mais celle-ci était la plus belle. Son « sas » était un véritable chef d’œuvre avec ses portes et contre-portes, son escalier intérieur et la petite tribune qui le surplombait, invisible de la nef, mais où une dizaine de musiciens s’installait jadis.

Et puis, il y a cette suie. Partout. D’abord, on ne la voit pas. Ensuite, on regarde mieux. Les statues récemment nettoyées sont toujours aussi belles, mais un voile de grisaille se discerne à leur surface. Ce que la fumée des cierges et la pollution de Paris auraient fait en 20 ans, l’incendie l’a fait en 20 minutes.

En urgence, nous sommes en train de nettoyer les 2 000 chaises et les stalles. Il faut que toutes soient disponibles pour les deux cérémonies de la profession de foi de Stanislas, samedi ; pour les messes de ce dimanche ; et aussi pour les deux concerts du week-end.

J’ai expliqué aux médias que notre église n’était pas seulement le décor imaginaire d’un roman et d’un film à succès. Par milliers, chaque jour, des visiteurs viennent pour l’admirer et pour y prier, sans que l’on puisse bien distinguer qui vient pour la prière et qui vient pour la beauté du lieu.

L’incendie s’est déclaré comme se terminait le concert d’orgue donné tous les dimanches après la grand-messe. Une heure plus tôt, une vaste assemblée était rassemblée pour l’eucharistie que présidait notre archevêque, Monseigneur Aupetit. Sa venue faisait de ce dimanche de carême un jour de fête. La lumière entrait à flot par les grands vitraux et illuminait les nouvelles peintures de Michel Four. Au premier rang, dix catéchumènes adultes étaient là pour différents rites qui font partie de leur chemin vers le baptême. On leur posait cette question : « Que demandez-vous à l’Église ? » Réponse : « La foi. » C’était simplement beau. L’émotion se lisait sur les visages.

Je repense à cette messe. Elle exprimait magnifiquement ce que notre église Saint-Sulpice représente, comme tant d’autres églises. Ce qu’elle doit demeurer. Elle n’est pas seulement ce sanctuaire où l’on vient en passant. C’est l’église d’une communauté paroissiale qui se doit d’être ouverte et accueillante, comme le sont – comme doivent l’être – toutes les communautés catholiques.

Le concile Vatican II a enseigné que la liturgie est la source et le sommet de la vie de l’Église. C’est particulièrement vrai dans l’eucharistie, quand le Christ nous rassemble dans un même élan d’adoration et de gratitude.

Je veux remercier ici toutes celles et ceux qui sont dès à présent au travail pour que notre église reste ouverte et belle.

Père Jean-Loup Lacroix

Parmi toutes les personnes qui sont déjà à remercier, permettez-moi de mentionner très spécialement les équipes de la Ville de Paris et des entreprises qui travaillent pour celle-ci. Elles ont été sur place dès dimanche. Le chantier de restauration qu’il leur incombe maintenant de mener à bien est tout à fait considérable : l’équivalent de dizaines de milliers d’heures de travail. Ce qui incombera à la paroisse est très inférieur. Nous aurons cependant besoin de l’aide de tous nos amis. (JLL)

 

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