Lire la Passion

Homélie pour le dimanche des Rameaux
(Après la lecture de la Passion)

Comment avons-nous écouté ce récit de la passion du Seigneur ?

Est-ce qu’il se pourrait que nous l’ayons écouté avec amour, avec dévotion, avec admiration, avec une sorte de joie secrète, au fond de notre cœur, une joie grave ?

Ou bien l’avons-nous supporté sagement, patiemment, en attendant que cela se finisse ? On n’aime pas aller aux enterrements, mais on le fait parce qu’il le faut bien, par respect. On n’aime pas aller voir quelqu’un à l’hôpital, surtout si l’on sait que la mort de cette personne approche, alors on se force à le faire. On sait que c’est un devoir.

Cette lecture de la Passion de Jésus était-elle comme une visite que l’on fait à l’hôpital, en se forçant ? Est-ce qu’il en sera de même de la Semaine Sainte ? Est-ce qu’elle nous fait un peu peur ? Ce serait assez normal. Nous n’aimons pas la souffrance, et la mort nous trouble.

On peut cependant ressentir les choses autrement. Un jour ou l’autre, nous avons eu le cœur touché. Nous avons levé les yeux vers le Crucifié. Il ne nous a pas fait horreur. Nous l’avons admiré. Nous avons compris la beauté de la croix. Sa beauté et même sa gloire.

Que s’est-il passé ce jour-là ?

Que se passe-t-il donc quand nous allons à des obsèques et que l’émotion nous saisit : le chagrin bien sûr, mais un chagrin qui libère ; des larmes, oui, mais pas seulement des larmes de peine, des larmes comme celles qui nous viennent quand quelque chose est trop beau, trop bien, trop inespéré : larmes de joie.

Que se passe-t-il quand nous sommes réconfortés – et non pas désolés, non pas dévastés – par la visite que nous avons rendue à une personne en fin de vie ?

Je pourrais vous dire que ce qui change tout, c’est l’espérance, la foi que nous avons dans l’au-delà, la lumière du matin de Pâques. C’est bien ce qui s’est produit en effet. Quand le ressuscité a rejoint sur la route les deux disciples qui partaient à Emmaüs, c’est bien la lumière de Pâques qui leur a permis de comprendre autrement ce qui s’était passé.

Il était écrit que le Messie souffrirait avant d’entrer dans sa gloire, et c’était bien ce qui s’était passé. Et soudain, comme le jour baissait, comme la nuit revenait, soudain ils le reconnurent.

Attention cependant. Ce qui se passe le matin de Pâques, ce n’est pas une parenthèse que l’on referme. Ce n’est pas une fin heureuse, qui permet d’oublier ce qui a précédé. La résurrection ne nous permet pas de dire que la croix du Christ, ce n’était pas si grave. Le récit de la Passion de Jésus n’est pas comme un de ces films dont on sait bien qu’ils se termineront bien.

Si nous pouvons être touchés en méditant la Passion, si nous pouvons regarder avec amour le Christ qui souffre et qui meurt, ce n’est pas comme quand on joue à se faire peur, comme quand on regarde l’avant dernier épisode d’une histoire à rebondissement. C’est parce que nos yeux se sont ouverts. Oui le crucifié va bientôt ressusciter. Mais il se passe surtout qu’il offre sa vie, qu’il prend sur lui notre péché, qu’il accomplit notre rédemption. Par amour. À cause du trop grand amour dont il nous a aimés.