Résurrection

 

Pâques est d’abord une attente dans la nuit. C’est d’abord une veillée. Ensuite seulement vient la grande lumière.

Je prépare cette feuille alors que j’ai la tête et le cœur tout remplis de ce qui vient de nous arriver.

Il y eut d’abord ce moment de sidération. On peine à croire ce que l’on voit. On essaye de réfléchir, mais les idées se brouillent.

Puis vient le moment où l’on découvre que son émotion est celle de tout un peuple. C’est alors un élan qui nous soulève. Nos larmes nous ont fait du bien.

Très vite ensuite, on en est à faire des projets. Un avenir s’est ouvert devant nous. À Saint-Sulpice, nous avons immédiatement compris que nous étions impliqués. Notre église est la seule de Paris dont la taille approche celle de Notre-Dame. Nous allions être la solution de secours. Le refuge.

Depuis, tout s’est accéléré. Messe chris­male. Messe de la Sainte Cène. Liturgie de la Passion. Ce samedi soir, Vigile Pascale.

J’ai ressenti quelque-chose d’étonnant. C’était comme si toute une partie de la beauté de Notre-Dame était venue chez nous ! Comme si elle nous avait été prêtée, pour un temps.

Pas celle de ses ogives, bien sûr. Pas celle de ses admirables verrières. Pas celles des boiseries du chœur. Mais bien celle de ses foules en prière. Celle de ses chœurs et de ses chantres, de sa tradition liturgique, de son répertoire musical.

C’était l’union sacrée. Nos organistes se relayaient avec ceux de Notre-Dame. Les cérémoniaires travaillaient en étroite collaboration. Chaque matin, dans l’urgence, il fallait examiner ce qui avait déjà été préparé pour la cathédrale et ce qui l’avait été pour notre paroisse. Puis mettre tout cela ensemble.

Nous manquions de prêtres pour les nombreuses confessions de la semaine sainte. Les confesseurs habituels de la cathédrale proposèrent leurs services. Ils me confirmèrent depuis que c’était « comme à Notre-Dame ».

Les membres de l’Équipe Liturgique et ceux du bureau de notre Conseil Pastoral Paroissial travaillaient du matin au soir pour soutenir notre équipe de sacristie. Si personne n’était libre pour décrocher le téléphone, l’un de nos jeunes organistes attrapait le combiné et répondait. De l’énervement ? Si peu !

Les journalistes affluaient. On m’interrogeait sur le premier incendie, celui que nous avions eu le 17 mars. Je répondais qu’il serait indécent de faire le parallèle avec celui de Notre-Dame. On me demandait ce qui était prévu pour les mois et les années qui viennent. Je répondais qu’il était trop tôt pour répondre à cette question, même si tous l’ont en tête.

Un ami m’a arrêté dans la rue pour me dire son espérance. Le choc que tous ont ressenti a déjà provoqué une prise de conscience. Si nous croyons que Dieu conduit l’histoire – ce que la Bible affirme, alors nous pouvons comprendre qu’il est en train de nous faire signe.

Sommes-nous en train de vivre une résurrection ? Dieu est-il en train de tirer le bien du mal ? Personnellement, je n’en doute pas.

Attention, cependant ! Pâques ne fera jamais oublier le Vendredi Saint. Aucun déni n’est permis. Le feu de Notre-Dame reste une désolation. Les problèmes de notre société et les misères de notre Église ne vont pas disparaître d’un coup.

Notre archevêque a su trouver des mots justes : « Comme la cathédrale, des hommes attendent un toit. »

Après la résurrection, les apôtres étaient dans la joie. Est-ce que cela allait durer ? La réponse fut donnée au jour de Pentecôte, quand commença le temps de l’Église. Celui où nous sommes.

Père Jean-Loup Lacroix

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