“Que le Seigneur vous réconforte”

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (10,27-30)
En ce temps-là, Jésus déclara :
« Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »

« Le Père et moi, nous sommes UN » Quand Jésus nous parle, c’est Dieu qui nous parle. Que nous dit-il ?

« Mes brebis écoutent ma voix.  Elles me suivent. »

Les brebis savent reconnaître leur berger au son de sa voix. Est-il possible de leur donner des ordres plus précis, comme on le fait pour les chiens et les chevaux ? je ne le sais pas trop. Mais je retiens avec vous que Jésus, notre bon pasteur, est d’abord celui qui nous parle.
Il est un maître et un prophète. Nous écoutons sa voix. C’est d’abord ainsi qu’il nous guide.

La mission des Apôtres et de leurs successeurs est de guider les peuples de Dieu, mais cette mission est inséparable de celle d’annoncer la foi.
Quand on ordonne un évêque, on pose sur sa tête et ses épaules un grand évangéliaire, qui est le signe de sa mission. Il sera le serviteur de la Parole de Dieu.

Tout à l’heure, nous célébrerons le sacrement des malades. Il y aura des gestes et des paroles, comme dans tout sacrement.
Le geste de l’imposition des mains : celui d’une onction d’huile.
Les paroles de plusieurs prières et de la formule sacramentelle :
« Un tel, par cette onction sainte, que le Seigneur, en sa grande bonté, vous réconforte par la grâce de l’Esprit Saint. Ainsi, vous ayant libéré de tous péchés, qu’il vous sauve et qu’il vous relève. »

Cette parole sacramentelle est tout à fait modeste, précise, et puissante.

Elle est modeste dans sa forme. Ce n’est pas une déclaration, comme pour le baptême ou le pardon des péchés (« Je te baptise », « Je vous pardonne »). La formulation est celle d’un souhait, les grammairiens appellent cela un optatif : « Que le Seigneur vous réconforte ! »

Elle est modeste et précise dans son contenu. Il n’est pas dit « Que le Seigneur vous guérisse », comme si ce serait tout ou rien, un miracle, ou bien rien du tout. Que le Seigneur vous réconforte : on ira mieux. On se sentira consolé et soutenu.

On reconnaît là une parole prophétique, qui a traversé les millénaires : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. » On traduit aussi : « Réconfortez, réconfortez mon peuple » (Isaïe 40,1 : les premiers mots de la deuxième partie du livre d’Isaïe.

Ces mots de réconfort nous viennent donc de très loin. Ils ont traversé les millénaires. Ils ont été traduits et retraduits dans toutes les langues de la terre. (J’aime particulièrement les réentendre dans le vieil anglais du Messie de Haendel : « Comfort ye, comfort ye My people, saith your God. »)

Quand le prêtre dit « Qu’il vous réconforte », il obéit donc à un ordre divin, et sa modeste parole est littéralement un écho de la Parole de Dieu.

Dieu avait dit à son prophète : « Réconforte mon peuple. » Cet ordre reste à jamais valable. Il s’adresse aujourd’hui aux ministres de l’Église.

« Qu’il vous réconforte. » : c’est donc là une parole de Dieu. Elle en a la puissance.

La formule sacramentelle précise : « par la grâce de l’Esprit Saint ».
C’est le Saint Esprit qui va agir, lui qui est Seigneur et qui donne la vie, qui est Dieu et qui fait vivre.

La formule précise encore : « Ainsi vous ayant libéré de tous péchés ». Le mot « péchés » est au pluriel. Il ne s’agit pas d’une vague tendance mauvaise, mais bien de la réalité précise de tous les péchés que l’on a commis.

Le sacrement des malades n’est pas fait seulement, ni même principalement, pour donner la guérison physique, ni pour avoir une influence bienfaisante sur notre santé mentale. Il donne cette grâce plus nécessaire encore de la santé spirituelle, celle de l’âme et de l’esprit.

Pardonner les péchés est plus difficile que soigner les corps, c’est d’un autre ordre. Dieu seul, en fait, en est capable. Le geste de l’onction, celui d’un soin, et la parole, qui est une prière, ont cette puissance qui leur vient de l’action de l’Esprit Saint – cette action invisible qu’ils rendent visible, dont ils sont le signe et le sacrement.

La formule se termine par ces mots : « Qu’il vous sauve (le Seigneur) et vous relève. »
La guérison demandée est un salut, au sens que nous donnons à ce mot quand nous disons que Dieu nous sauve, le sens d’un salut plénier de l’âme et du corps, le don d’une vie éternelle. Elle est aussi un relèvement.

Pensez à la fille de Jaïre qui était morte et que le Christ prend par la main. Toute guérison est un signe de résurrection.

J’aime bien cette hymne du temps de Pâques : « Il s’est levé d’entre les morts, le Fils de Dieu notre frère. Il s’est levé, libre et vainqueur. »

Hier après-midi, des milliers de personnes se sont rassemblées dans notre église et jusque sur la place Saint-Sulpice, pour demander délivrance et guérison. Notre célébration sacramentelle de ce matin est plus modeste. Dieu va cependant y agir de la même façon.

Pour notre réconfort, et pour notre joie.

Père Jean-Loup Lacroix
Dimanche 12 mai 2019
4e dimanche de Pâques et célébration du sacrement des malades