La Promesse

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :
« Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là,
mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi.
Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »

Tout au long du temps pascal, nous célébrons la résurrection du Christ. Nous comprenons  que cet événement a tout changé, pour lui, Jésus, mais aussi pour nous.

La résurrection, c’est son histoire ; c’est aussi notre histoire. Saint Paul disait : « Vous êtes ressuscités avec le Christ ».

Tout le temps de Pâques peut donc se comprendre comme le temps où Dieu réalise sa promesse. Il nous donne ce qu’il avait promis de nous donner. Il commence à nous donner ce qu’il nous donnera encore, ce que nous espérons pour le temps présent et pour l’éternité.

Le soir du Jeudi Saint, Jésus avait longuement parlé à ses apôtres, après la dernière Cène. Nous connaissons bien ces  pages de  l’évangile selon Saint Jean où nous voyons Jésus leur parler comme on peut parler quand on dit adieu. Le passage que l’on vient de lire est une prière. Jésus s’adresse à son Père. Il prie pour ses disciples, qui sont là et qui l’écoutent.

Il précise – nous l’avons entendu – qu’il ne prie pas seulement pour eux mais pour tous ceux qui, à l’avenir, auront foi en lui.
Cette prière est donc une prière que le Christ a fait pour nous tous, au moment où il entrait dans sa passion, pour nous vous, pour moi.

Que demandait-il ?

Nous savons que sa prière était toute puissante. Il était le Fils de Dieu. Il allait donner sa vie. Il serait exaucé. Si nous nous interrogeons sur ce que Dieu veut nous donner, sur ce qu’il nous est permis d’espérer, la réponse se trouve là.

Toute l’espérance chrétienne est là, en condensé. Tout ce qui peut nous motiver, nous attirer.

Je relis avec vous le texte. Dès les premiers mots, il est question du Père et du Fils :

« Que tous soient un, comme toi, Père tu es en moi, et moi en toi ! »

Peu auparavant, Jésus avait déclaré : « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30).

Jésus veut nous faire entrer dans cette unité.

Est-ce bien cela que nous attendons de lui ? Est-ce là votre désir le plus profond ? Nous pourrions hésiter à répondre. Nous savons bien que tout au long des siècles, des hommes et des femmes, pas tous chrétiens, ont recherché l’union à Dieu comme le but ultime de leurs désirs. La vie mystique consiste en cela : un chemin vers Dieu, vers ce moment où il n’y a plus de séparation entre lui et nous.

Si cela nous intimide, regardons comment Jésus formule les choses. Il dit : « Que tous soient un ! »

La porte d’entrée qu’il nous propose vers l’union à Dieu, c’est l’unité entre nous, ses disciples, c’est la communion qu’il veut nous voir vivre, c’est l’unité de l’Église, l’unité dans l’Église.

Mais Jésus ajoute : « comme toi Père, tu es en moi, et moi en toi. » Sous l’unité de l’Église il y a l’union du Père et du Fils.

Le grand projet de Dieu, sa grande promesse, c’est de tout ramener à l’unité, de tout réconcilier. Nous pouvons ressentir cela comme une notion un peu abstraite, théorique. Mais ce qui me frappe dans cette prière de Jésus, c’est que l’unité promise n’apparait pas comme une notion mais comme une rencontre, comme un amour.

Dieu est unique. Il est l’unique et il n’est pas divisé. Il n’est pas fragmenté. Il est le dieu UN, tout comme il est le Dieu vivant, le Dieu véritable, le Dieu bon. Quand nous disons cela, cela semble abstrait. Mais écoutons Jésus : « Comme toi tu es en moi et moi en toi. »

En regardant Jésus, en l’écoutant, nous comprenons le mystère ineffable de l’amour divin, n’est pas moins chaleureux, ni moins concret, ni moins heureux, ni moins… tendre que celui de l’amour d’une famille humaine.

Quelqu’un semble oublié. De fait, dans ce passage, il n’est pas nommé, c’est à nous d’être attentifs et de comprendre qu’il est question de lui. Lisons la suite du texte :

« Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un, comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. »

Quelle est donc cette gloire dont parle Jésus ? Cette gloire qui fait l’unité ? Nous pourrions répondre que c’est l’amour même, et ce serait juste. Mais pourquoi dire « gloire » ?

Parce que la gloire, c’est ce que possède Dieu. Tout lecteur de la Bible dit cela. Gloire et sainteté vont ensemble. La sainteté, c’est la transcendance, c’est ce qui fait que Dieu est incomparable. La gloire, c’est le rayonnement, c’est l’aura, c’est la manifestation de sa densité, de sa profondeur, de sa force, sans égale. « Je leur ai donné ma gloire ». Jésus aurait pu dire, moins concrètement : je leur ai donné ma divinité. Il aurait pu dire : je leur ai donné ce qui nous est commun toi et moi.

Il aurait pu dire : je leur ai donné ce qui a été rendu manifeste, le jour de mon baptême, quand tu as dit : « celui-ci est mon Fils bien aimé. » Jésus dit : « Je leur ai donné. »

Sa promesse s’accomplit déjà. Il peut donc s’exprimer au passé. Non pas le passé d’un évènement révolu, mais ce passé-présent de ce qui est déjà acquis, déjà fait, et qui demeure. Jésus nous a donné sa gloire. Les Pères de l’Eglise expliquent : cette gloire, c’est l’Esprit Saint lui-même. Ils ont raison.

C’est lui, l’Esprit, qui est l’amour du Père et du Fils. C’est lui qu’on a pu voir au jour de son baptême, sous l’apparence d’une colombe. C’est lui qui fait l’unité de l’Eglise. Lui qui est la grande promesse. Lui que nous attendons.

Père Jean-Loup Lacroix, homélie pour le 7e dimanche de Pâques (2 juin 2019)


Saint Grégoire de Nysse : la gloire, c’est l’Esprit Saint
(office des lectures du 7e dimanche de Pâques)

Mais nous ferons mieux de citer littéralement les divines paroles de l’Évangile : Que tous, dit Jésus, soient un, comme toi, mon Père, tu es en moi, et moi en toi ; qu’eux-mêmes soient un en nous.

Or, le lien de cette unité, c’est la gloire. Que le Saint-Esprit soit appelé gloire, aucun de ceux qui examinent la question ne saurait y contredire, s’il considère ces paroles du Seigneur : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée. Effectivement, il leur a donné cette gloire quand il leur a dit : Recevez le Saint-Esprit.

Cette gloire, qu’il possédait de tout temps, avant que le monde fût, le Christ l’a pourtant reçue lorsqu’il a revêtu la nature humaine. Et lorsque cette nature eut été glorifiée par l’Esprit, tout ce qui lui est apparenté a reçu communication de la gloire de l’Esprit, en commençant par les disciples. C’est pour cela que Jésus dit : La gloire que tu m’as donnée, je la leur ai donnée ; qu’ils soient un comme nous sommes un ; moi en eux et toi en moi, pour qu’ils soient parfaitement un.

image_pdfTélécharger en PDFimage_printImprimer
Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.