Assomption

François Lemoyne, L’Assomption de la Vierge, église Saint-Sulpice (1750)

Les catholiques et les orthodoxes sont d’accord pour voir dans la Mère du Christ l’image même de la pureté. Elle est l’Immaculée Conception. Rien en elle qui soit souillé. Rien de pesant non plus. Comme l’écrit Bernanos, elle est « plus jeune que le péché ».

Il ne faut pourtant pas s’y tromper. La totale pureté de Marie, et cet élan juvénile qui l’habitait toujours ne font pas d’elle un être désincarné. Elle n’est pas un rêve, ni un pur esprit. La fête de son Assomption peut nous aider à mieux comprendre cela.

Essayons d’imaginer. On vous dira que c’est impossible, mais d’innombrables artistes s’y sont risqués. Pourquoi pas nous ?

Elle s’élève. Comme Jésus au jour de son Ascension. La différence est qu’elle ne possède pas en elle-même la puissance qui la soulève : c’est Dieu qui l’attire à lui. Elle est comme un enfant vers lequel on se penche et que l’on prend dans ses bras. Le mot « assomption » signifie très précisément cela.

Je relis le texte sur l’Assomption le plus officiel qui soit : « À la suite de son Fils, après avoir vaincu la mort, elle a obtenu d’être élevée, corps et âme, à la gloire suprême du ciel, pour y resplendir, en qualité de Reine, à la droite de son Fils, le Roi immortel des siècles » (Pie XII, 1er novembre 1950). Les mots à souligner sont « corps et âme ». On fait un total contre-sens sur l’Assomption si on imagine Marie dont le corps serait emporté dans la lumière pour s’y dissoudre. Sa gloire céleste ne fait pas d’elle un être éthéré. Son corps n’est pas effacé : il est exalté (au sens premier de ce mot : entraîné vers le haut).

Nous devrions avoir une grande reconnaissance pour les artistes qui se sont risqués à représenter l’Assomption, même les moins talentueux. Si ce qu’ils ont peint ou sculpté nous sous semble parfois un peu lourd, c’est peut-être tant mieux. L’Assomption, ce n’est pas une belle âme qui prend son envol. Ce n’est pas un corps que l’on délaisse. C’est la Mère du Seigneur que celui-ci attire à lui sans rien lui retirer de son admirable et très sainte densité humaine et charnelle. Cas unique !

La préface de la messe de l’Assomption affirme que Marie est « la parfaite image de l’Église à venir. » C’est une promesse. Jusqu’à présent, hélas, nous sommes loin du compte. On se souvient de ce cri douloureux du futur Benoît XVI lors d’un Chemin de Croix, en 2005 : « Que de souillures dans l’Église ! Combien d’orgueil et d’autosuffisance ! » Mais je préfère que l’Église soit trop humaine, plutôt que de la voir réduite à un beau rêve.

Saint François avait su reconnaître le Christ dans un lépreux croisé sur la route. À certaines heures, en certains lieux, l’Église, qui est pourtant le Corps du Christ, nous présente un visage vraiment horrible. Peut-être faut-il alors se souvenir de Marie.

Un jour viendra où l’Église lui ressemblera.

La Vierge de l’Assomption, c’est aussi la Femme de l’Apocalypse. Elle est engagée dans un combat. Le Diable veut mordre, mais la mère du Sauveur lui écrase la tête !

Père Jean-Loup Lacroix (15 août 2019)