Parler ou se taire ?

Mgr de Moulins-Beaufort durant son intervention du 12 septembre (KTO)

Je m’étais promis de ne pas parler trop vite. Un proverbe dit qu’il faut toujours tourner sept fois sa langue dans sa bouche… Mais non, se taire est impossible !

Nos évêques nous disent : « L’heure est grave. » La loi en débat va autoriser le recours à la médecine pour donner la vie à des enfants « sans père ». Comprenez : sans qu’un homme et une femme se soient aimés, et sans aucun homme auquel ils puissent dire « Papa ».

On nous dit : « On n’ira pas plus loin. En France, il n’y aura pas de gestation pour autrui. » En effet, il faudra aller à l’étranger. Là-bas, on demandera à des femmes misérables de louer leur ventre. Ensuite, on ira chercher l’enfant…

Parmi les raisons que nous aurions de nous taire, il y a le risque de rendre plus profond le fossé qui existe dans la société et dans l’Église entre ceux qui sont terrifiés et ceux qui ne veulent pas l’être. Vous aurez deviné que j’appartiens au premier groupe. Des personnes dont je suis très proche appartiennent au deuxième. Je suis triste de constater le profond désaccord qui me sépare d’elles. Je n’ai pas envie de leur laisser croire que je serais sans tolérance ni respect.

Mgr de Moulins-Beaufort est désormais le président de la conférence des Évêques de France. C’est dire le poids de sa parole. Dans une interview récente, il expliquait que ce ne sont pas aux paroisses, donc pas aux curés, d’appeler à manifester.

Lundi dernier, au Collège des Bernardins, il précisait encore sa position à l’issue d’une conférence de presse : « Personnellement, je ne vois pas comment nous pourrions empêcher des citoyens, catholiques ou non, inquiets de ce projet de loi de manifester s’ils pensent que c’est un moyen utile pour se faire entendre. »

Sur le fond, les évêques sont unanimes : l’extension de la PMA sera désastreuse. Mais ce n’est ni aux évêques ni aux simples curés de prendre les catholiques par la main en leur disant de venir à la grande manifestation qui est en préparation. Mgr de Moulins-Beaufort : « Nous, l’Église, n’organisons pas la manifestation. Ce n’est pas notre manière d’agir. »

Le Président des Évêques ajoute cependant qu’on « a le devoir » de manifester si l’on estime que c’est utile. La formule a étonné. Le ton était modeste (« j’aurais même tendance à dire qu’ils ont le devoir de le faire »), mais le mot « devoir » était fort.

Je repense à la célèbre formule du cardinal Newman : « La conscience a des droits parce qu’elle a des devoirs. » Suivre sa conscience, c’est faire ce qu’on se sent le devoir de faire après avoir soupesé tous les enjeux.

Ce n’est pas parce que certains s’indignent et protestent à tout bout de champ, qu’il ne serait jamais nécessaire de le faire.

Conclusion : Suivez votre conscience !

Père Jean-Loup Lacroix
(19 septembre 2019)

 

Document : ‘l’espérance malgré tout

Lundi dernier, aux Bernardins, Mgr de Moulins-Beaufort avait commencé son intervention par ces mots : « Nous sommes inquiets. » Voici cependant la conclusion de son discours :

Permettez-moi d’exprimer, pour finir, quelques aspects de notre espérance.

Grande espérance surtout, parce que nous savons bien qu’il y aura toujours des hommes et des femmes qui s’uniront dans le mariage en s’efforçant de s’aimer un peu mieux chaque jour et qui accueilleront les enfants qui leur seront donnés, non comme un besoin à combler mais comme un don fait à leur amour pour qu’il s’affermisse et se déploie encore.

Parce qu’il y aura toujours des hommes et des femmes, mariés ou non, célibataires ou non, homosexuels ou non, qui assumeront la douleur de ne pouvoir avoir d’enfant en la transfigurant dans une attention aux autres, une disponibilité, un sens de la présence, dont tous ont besoin.

Parce que se lèvent et se lèveront des hommes et des femmes qui décideront de se mettre en service de la « maison commune » qu’est notre terre en choisissant un mode de vie qui respecte tous les êtres et puisse donner une vraie place à tous les pauvres de notre planète.

Peut-être certains commentateurs diront-ils de cette soirée que les catholiques ont pris position frileusement, « aveuglés par leur foi ». Nous disons, nous : « éclairés par notre foi ».

Redisons-le : énoncer des « non », signaler des dangers, ne nous réjouit pas, mais notre foi nous éclaire, elle nous libère de la peur de la douleur et de la frustration, elle nous libère de la peur de manquer et de rester seuls, elle nous apprend à user de la technique sans nous laisser fasciner, elle nous aide à voir la souffrance et la douleur en face et à découvrir que d’autres chemins sont possibles pour être, par-delà tout cela, des vivants.

 

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