Demain ?

De quoi demain sera-t-il fait ? Les événements se succèdent, ce sont autant de surprises.

Vendredi matin, on ne savait pas encore si le parlement britannique confirmerait l’accord trouvé avec les Européens. Si c’est finalement le cas, on aura échappé à tout une série de désastres. Un miracle ? Le mot ne serait pas juste. Disons plutôt : un don du ciel. Les diplomates ont travaillé très dur et Dieu leur aura (peut-être) donné la victoire.

Notre « thème » pour 2019-2020 s’intitule « La Première Béatitude ». Une année ne sera pas de trop pour essayer de mieux comprendre cette parole des Évangiles : « Heureux, vous les pauvres. »

Ce que le Christ nous dit est quand même étonnant. L’évidence semble contraire. Les pauvres sont des malheureux. Par définition.

Ce qu’on pourrait appeler l’énigme des Béatitudes n’est pourtant pas une de ces questions que l’on peut laisser au placard. Il ne s’agit pas d’un détail. Il est clair qu’on est au cœur du message évangélique. Si la première des Béatitudes demeurait pour nous indéchiffrable, l’Évangile tout entier devient pour nous comme une lumière qui rayonne mais que nos yeux ne discernent pas (pensez aux infra-rouge).

Saurons-nous percevoir ce qui fait le bonheur des pauvres ? Je vous propose un début de réponse. La pauvreté est une école de lâcher prise. On n’y est pas maître de son destin. On est contraint à vivre au jour le jour. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Résultat : ou bien, cela vous détruit, ou bien, on apprend à assumer cette précarité qui est sa condition.

Si on est riche, on se croit protégé. Ou du moins, on croit pouvoir se protéger.

Jésus veut que nous devenions des pauvres de cœur. Alors seulement, nous accepterons notre vulnérabilité. Nous apprendrons à tendre la main et à compter sur la chance. C’est-à-dire, sur la Providence, même sans lui donner son nom. Viendront pour finir sur nos lèvres ces mots de la foi : « Dieu, viens à mon aide ! »

Je sais bien que la pauvreté ne conduit pas automatiquement à la confiance dans la providence. J’ai grandi dans une région aux sols arides où le sens de l’économie est une seconde nature. On peut vivre dans la gêne et ne pas admettre les Béatitudes. Sa vie est alors infiniment triste. Sans la pauvreté de cœur, la pauvreté redouble.

La pauvreté de cœur est nécessaire à tous : aux pauvres comme aux riches. Mais les plus riches ont plus de mal – c’est Jésus qui le dit – à passer par l’étroite porte de la pauvreté et de la confiance

Nous devons réapprendre les sens de ces mots anciens qui sont les mots de la foi : providence, grâce, salut, miracle. Quelques autre encore : espérance, confiance, persévérance, fidélité.

Tolkien, ce grand Anglais, expliquait qu’il y a deux sortes de catastrophes : celles qu’on appelle de ce mot et qui sont des désastres, celles qui sont tout aussi soudaines et qui sont des retournements inespérés de la situation. La langue usuelle n’a pas de mots pour les désigner, mais tout chrétien devrait savoir qu’elles existent. La Résurrection du Christ en est le plus parfait exemple.

Quand le pire est là, Dieu peut faire surgir le meilleur.

Père Jean-Loup Lacroix (18 octobre)