Dans la lumière

En ce temps-là,
voyant les foules, Jésus gravit la montagne.
Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui.
Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait :
«Heureux les pauvres de cœur,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent,
car ils seront consolés.
Heureux les doux,
car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice,
car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux,
car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les cœurs purs,
car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix,
car ils seront appelés fils de Dieu.
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice,
car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux êtes-vous si l’on vous insulte,
si l’on vous persécute
et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous,
à cause de moi.
Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse,
car votre récompense est grande dans les cieux ! »

– Acclamons la Parole de Dieu.

 

Ils sont dans la lumière !

On ne parle pas ainsi d’habitude. On dit qu’ils sont au Ciel, ou « dans la gloire », on dit surtout qu’ils sont saints, tous saints.

Mais nous pouvons en conclure qu’ils sont dans la lumière.

Depuis des milliers de siècles, les humains honorent leurs morts. Ils ne les laissent pas sans sépulture. Ils mettent dans leurs tombes de petites offrandes ou parfois des véritables trésors. Très tôt, nos ancêtres ont eu cette conviction que la mort est le début d’un mystérieux voyage.

Hier, j’écoutais à la radio un philosophe qui expliquait que rien n’est plus habituel que de vouloir parler aux morts. Il en concluait que la Toussaint n’est pas spécialement une fête chrétienne. Il venait d’évoquer la vieille religion des Celtes et les rites que l’on faisait, quand les jours deviennent plus courts, pour se protéger des morts. Dans cette religion comme dans beaucoup d’autres, les morts habitent les ténèbres. C’est là qu’on les trouve. C’est là qu’ils veulent nous entraîner. On doit se protéger d’eux.

Mais la Toussaint n’est pas cela.

Ceux que nous fêtons sont dans la lumière.

Oui, ils nous attendent, ils nous attirent. Mais c’est vers le bonheur.

Leur vie n’est pas une pauvre vie, une survie somnolente et sans joie. Elle est la vie véritable. Nos jours les plus ensoleillés ne sont qu’une pâle image de leur éternité lumineuse.

Qu’est-ce qui permet d’affirmer cela ? C’est la foi en Dieu, à laquelle il convient d’ajouter un grain de logique.

Les principaux ennemis du Christ trouvaient ridicule la croyance en la résurrection. Il leur cite le livre de l’Exode. Dieu parle à Moïse et lui dit : « Je suis le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob. » Jésus conclut : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »

Dieu n’abandonne jamais ses amis. Le Dieu vivant est un Dieu qui fait vivre.

C’est logique. C’est certain.

La fête d’aujourd’hui pourrait s’appeler la fête de « tous les vivants ». L’Église préfère dire « tous les saints ». Pourquoi ?

La sainteté, dans la Bible, c’est ce qui caractérise Dieu, ce qui le rend incomparable (les philosophes diront : sa transcendance). Mais Dieu n’est pas jaloux de sa sainteté. Il la partage, ce qui est étonnant.

Au peuple d’Israël, il dit : « Vous serez saints, comme moi, le Seigneur, je suis saint. »

Avant d’être un commandement, c’est une promesse. Dieu prend avec lui ceux qu’il a choisis. Dieu, qui est vivant, donne la vie. Dieu, qui est saint, donne la sainteté.

Fêter tous les saints, c’est d’abord faire mémoire des innombrables personnes qui furent des gens de bonne volonté, qui firent quelque chose de bien. Mais c’est surtout penser à ce qu’ils sont devenus, à ce qu’ils sont, désormais. Des êtres lumineux parce qu’ils sont dans la lumière de Dieu. Des gens heureux, parce qu’ils partagent le bonheur de Dieu. Des saints parce que tout ce qui rend unique le Dieu unique, tout ce que possèdent et partagent le Père, le Fils et le Saint-Esprit leur est désormais partagé.

Que fait Dieu quand il sanctifie ? Il nous transforme à son image. Il redonne la ressemblance qui nous manquait.

À son image, nous devenons simples. Nous avons le cœur pur. À son image, nous devenons bons, miséricordieux. À son image, nous devenons justes. Dieu nous partage aussi son incomparable beauté, sa gloire, qui n’est pas sa renommée, qui peut demeurer méconnue, mais qui n’en est pas moins éclatante.

Dieu nous fait encore un don, ou plutôt il nous fait un premier don, peut-être le plus précieux de tous, car sans lui nous n’aurions aucun des autres. C’est celui de la première béatitude : la pauvreté de cœur. Vous pourriez me dire : Dieu n’est pas pauvre ! Comment pourrait-il donner ce qu’il n’a pas ?

Mais si Dieu donne la pauvreté de cœur, c’est qu’il la possède aussi. Quelle est donc cette pauvreté de Dieu ?

Regardons le Christ. Saint Paul explique : « De riche qu’il était, il s’est fait pauvre, afin de nous enrichir par sa pauvreté ». Quand il a fait cela, au jour de son incarnation, a-t-il cessé d’être l’image du Père ? A-t-il perdu la ressemblance ?

La conclusion s’impose. Dieu est pauvre comme Jésus est pauvre, comme les saints sont pauvres, d’une pauvreté qui est liberté et générosité, qui est abnégation, qui est offrande.

Dieu n’est pas enfermé dans sa divinité. Elle ne le tient pas à l’écart. Elle ne l’encombre pas.

De toute éternité, le Père donne tout à son Fils éternel, sans rien retenir.

La pauvreté des saints fait leur générosité et celle-ci a sa source en Dieu.

N’imaginons pas les saints comme des vieillards qu’on honore pour leurs mérites. Ils sont cela. Mais ils sont surtout comme des enfants qui s’émerveillent, et qui jouent, et qui chantent, sous le regard de leur père.