La Maison de Dieu

Nous ne sommes pas idiots. Nous savons bien que Dieu n’a pas besoin qu’on lui construise des maisons. Saint Paul expliquait déjà cela (Ac 7,48). Mais nous savons aussi qu’il existe des lieux où Dieu se laisse trouver. Il est présent en tout lieu, mais il se laisse plus facilement rencontrer ici, ou là, ou là encore.

Parmi ces lieux, des sanctuaires, bâtis pour cela. S’ils sont à deux pas de chez soi, il suffit d’en pousser la porte. S’ils sont au loin, il faut se mettre en route. Au bout du chemin, il y a ce lieu saint où tant de pèlerins comme nous nous ont précédés et où, de fait, Dieu se laisse rencontrer.

Pour nous, Saint-Sulpice est la porte à côté. Une église de paroisse est faite pour être accessible et familière. On doit pouvoir s’y retrouver toutes les semaines ou plus souvent encore.

Pour d’autres, Saint-Sulpice est un sanctuaire où ils viendront de loin. Un lieu de pèlerinage ? Parfois oui. J’ai sous les yeux la plaque commémorative que nous ont offerte des pèlerins espagnols venus l’été dernier dans le cadre du troisième centenaire de la mort de saint Jean-Baptiste de La Salle.

Nous aimons notre église. Elle est un monument historique, un lieu d’art et de culture, mais c’est d’abord une maison de prière.

Je vous ai déjà confié un souci qui m’habite. Notre grande église est trop sombre. À certaines heures, il est bien qu’on s’y trouve dans la pénombre. On vient pour y prier en silence. Il suffit que le tabernacle, les statues et les peintures soient correctement éclairées. C’est désormais le cas. À d’autres heures, la lumière parcimonieuse de la nef ne convient pas. Dieu est présent dans les églises grâce du recueillement qu’on y trouve, mais cela ne suffit pas. Une église chrétienne n’est pas une salle de méditation. Tout comme une synagogue juive, elle est le lieu de rassemblement d’une assemblée liturgique. La parole du Christ s’y accomplit : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » (Mt 18,20).

On ne vient pas à la messe comme à un spectacle. Une église n’est pas un théâtre avec une scène bien éclairée et une salle dans l’obscurité. Le dimanche soir, nous sommes désormais trop nombreux pour célébrer ailleurs que dans la nef. J’en suis très heureux, mais je suis malheureux de ne plus très bien voir l’assemblée qui est devant moi. L’autel est correctement éclairé ; par contraste la nef semble toute… enténébrée.

J’ai cependant une bonne nouvelle. Nos projets d’un meilleur éclairage avancent. Nous avons l’autorisation d’installer deux prototypes de lustres, de façon à juger de l’effet produit. J’ai en mains les premiers devis. Il est précisé : « Si commandes passées fin novembre, pose des lustres (les prototypes) envisageable fin janvier ».

L’évangile de ce samedi applique au Christ ce verset d’un psaume : « L’amour de ta maison fera mon tourment » (Jn 2,17).

Il faudrait que l’on puisse dire cela de nous.

Père Jean-Loup Lacroix