Le Jardin du Roi

Trois hommes sont suppliciés. L’un d’eux est condamné au motif qu’il s’est prétendu « Roi des Juifs ». Un autre se moque de lui. Le troisième intervient pour prendre sa défense.

On lit ce récit aujourd’hui même pour la fête du Christ Roi. Le dialogue entre le Christ et le Bon Larron est tout à fait saisissant : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume ! » Réponse de Jésus : « Amen, je te le dis, aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis » (Lc 23, 42-43).

Le Paradis : je suis impressionné par ce mot paisible et fort qui sort des lèvres du Christ en dépit du tumulte et des outrages.

Savez-vous le sens exact de ce mot ? Un Paradis, c’est un jardin ! En grec, parádeisos apparaît pour la première fois chez Xénophon. Il y désigne un beau grand jardin, propriété du roi de Perse.

Un jardin princier : l’image même du bonheur pour qui vit dans un pays aride. De l’eau, des ombrages, des arbres, des fruits…

Jésus employait de nombreuses comparaisons pour parler du Royaume de Dieu. Pour finir, du haut de la Croix, il nous propose celle d’un jardin. On pense à Adam et Eve.

Trois jours plus tard, devant son tombeau désormais vide, il va se manifester à Marie-Madeleine. Dans son récit, saint Jean donne une précision qui inspirera les peintres. Voyant le Seigneur, Madeleine le prend « pour le jardinier ». (Jn 20,15).

Quel jardinier ?

Aux portes de Jérusalem, le Golgotha était le lieu des exécutions, mais aussi, d’après l’archéologie, une sorte de dépotoir. Si un jardin s’y trouvait, il était bien misérable. L’homme que Madeleine croit reconnaître avait la tâche ingrate d’entretenir une terre souillée et caillouteuse.


Il m’est venu l’idée que notre terre tout entière, sans cesse plus malmenée, ressemblait à ce pauvre jardin au pied du Calvaire. Un paradis perdu.

Mais la comparaison suggère autre chose. Nous pouvons comprendre que l’homme qui s’échinait à cultiver ce misérable bout de terre ne travaillait pas en vain. Le paradis promis allait commencer là même où il plantait sa bêche.

Il y avait surtout que ce jardinier ressemblait au Sauveur.

Comme le Bon Larron, pour finir.

Père Jean-Loup Lacroix

image_pdfTélécharger en PDFimage_printImprimer
Print Friendly, PDF & Email

Les commentaires sont fermés.