Peux-tu changer ton attente ?

Évangile selon saint Matthieu (11, 2-11)

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des oeuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : ‘Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. ’Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

En son cœur, chaque homme a des attentes. Ce sont des énergies qui nous aident à ne pas démordre, qui donnent du sens à notre vie… à partir des choses les plus petites : je me rappelle bien, comme vous tous, quand j’étais enfant et que ces jours de décembre étaient comblés de l’attente des cadeaux de Noël…

Or, l’attente de Jean le Baptiste était bien claire : il attendait les temps derniers, le jugement de Dieu sur ce monde. Sur cette attente, il a fait le pari de toute sa vie.
« Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? » demande Jésus aux foules. Non, Jean n’était pas un roseau agité par le vent ; au contraire c’est l’homme qui va dire la vérité à tout prix, qui ne changerait de position pour aucune raison au monde, même si ça devait le conduire à la mort, ce qui lui arriverait effectivement après quelque temps.
Tout ça parce que son attente était claire : le jugement de Dieu va venir bientôt sur ce monde corrompu. Il faut changer, il faut se convertir – et il faut le faire sur le champ.
C’est une attente exigeante, difficile – en fait incontestablement juste.

Et pourtant l’évangile d’aujourd’hui veut nous faire faire un pas de plus.
En effet, aujourd’hui on voit que Jean le Baptiste, « le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme », cet homme à l’attente si forte, pose une question. Il y a quelque chose qui ne marche pas.
Il attendait la colère imminente de Dieu et voici Jésus. Ce jeune homme de Nazareth, qui avait été son disciple, est maintenant en train de prêcher la venue du Royaume des cieux. Et pas seulement : il dit que ce Royaume est déjà présent… et pour l’instant, aucune trace de châtiment. Certainement Jésus aussi invite à la conversion, comme le disait Jean ; cependant, il ne parle pas de jugement, mais de pardon.
Et donc la question de Jean est tout à fait légitime : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ». Comme s’il disait : Le Royaume de Dieu auquel je m’attendais est plutôt différent de ce que tu fais…
En effet la réponse de Jésus est dans ce sens : au lieu du jugement annoncé, « les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » ; au lieu du châtiment prévu, « les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent ».
Ce n’est pas la même chose. En effet, si Jésus est celui qui doit venir, pour Jean c’est bien difficile à accepter : car il voir son attente s’écrouler. Il avait raison : le temps du Royaume est venu… mais il doit accepter que Dieu ne vienne pas comme il l’attendait. C’est ici le paradoxe de la figure du Baptiste : lui, qui a invité Israël à la conversion, il est invité à se convertir en premier : « Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! », conclut Jésus.

Je pense, alors, que l’histoire du Baptiste est un message très fort pour nous aussi. Nous aussi nous avons nos attentes envers Dieu. Sans doute est-il facile de penser que Dieu, désormais, on le connait. Il est facile de s’arrêter à une pratique religieuse, à une vie de prière qui se répète, le risque étant de ne pas reconnaître sa venue, car il est différent de nos attentes.
C’est un Dieu qui nous met en crise, qui est imprévisible, surprenant. En fait il est toujours du même côté : de la part des faibles et des opprimés. C’est ce qui le rend si surprenant : il ne vient pas où l’on l’attend, d’une manière prédéfinie, il vient où on ne l’attend plus, où l’on pense qu’il n’y a plus de salut possible.
Le chemin de l’Avent, avec Jean le Baptiste, nous invite à vivre cette conversion : il ne faut pas convertir seulement nos actions, mais aussi notre vision de Dieu.

En conclusion, je peux vous suggérer de faire un petit exercice de préparation à la fête de Noël ; on peut se demander : qu’est-ce que j’attends de la part de Dieu en ces jours ? Peut-être serait-il bien de l’écrire, on pourrait aussi mettre le papier sous le sapin… qu’est-ce que j’attends ?
Et puis, rester ouverts : car le Seigneur viendra, mais sans doute sa venue sera-t-elle surprenante, il se révélera en nos vies là où nous ne l’attendons pas, il nous demandera de changer ce qui nous semble incontournable.
Nous attendons toujours quelque chose de la part de Dieu, comme le faisait Jean le Baptiste, mais sommes-nous prêts à accepter qu’il aille au-delà nos attentes ?

P. Paolo Monzani
(Homélie pour le 3e dimanche de l’Avent)

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