Un temps pour bâtir

Un temps pour bâtir

Tous les ans, je suis dans l’embarras. La collecte pour les Chantiers du Cardinal coïncide avec le 1er dimanche de l’Avent. Nous avons devant nous quatre courtes semaines pour nous préparer à accueillir le Seigneur. Est-ce bien le moment de vous parler de la construction et de la rénovation des églises de la région parisienne ?

On peut voir les choses autrement. À y réfléchir, le temps de l’Avent est un bon temps pour faire des projets. Pourquoi donc ?

Il est le temps d’une attente : « La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche ! » (Rm 13 : 1re lecture de ce dimanche)

Qu’est-ce que nous attendons durant ces quatre courtes semaines ? La naissance du Christ ? Sa venue en notre temps, analogue à celle de Bethléem, jadis ? Oui, certainement. Mais aussi, dans le même élan de l’espérance, son « second avènement », celui que nous affirmons dans le Credo : « Il reviendra dans la gloire, et son règne n’aura pas de fin. »

La cohérence de notre foi nous invite à avoir les yeux tournés vers ce jour qui verra fin du monde présent. « Le temps est limité, car il passe, ce monde tel que nous le voyons » (1 Co 7,29.31). Nous sommes ici-bas « comme des étrangers et des voyageurs » (Hé 13,14). Allons-nous renoncer à faire des projets ? À bâtir des maisons et des églises, ou des écoles, ou des hôpitaux ? En fait, non. Le paradoxe de l’espérance est là. L’éternité espérée donne tout leur sens aux réalisations provisoires et bientôt caduques du temps présent.

On bâtit des maisons ou des lieux de culte comme autant de gîtes d’étape. Dans le nord de l’Espagne et le sud de la France beaucoup d’églises et de monastères furent jadis aménagées pour l’accueil des pèlerins de Saint-Jacques. On s’y arrêtait, on n’y séjournait pas. À la réflexion, toutes nos maisons et nos églises leur sont semblables.

Si nos églises sont belles, s’il fait bon vivre dans nos maisons, ce n’est pas pour qu’on s’y installe pour toujours, mais pour y trouver… un avant-goût du ciel.

Il y a exactement un siècle, au sortir de la Première Guerre mondiale, Paul Valéry a écrit : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie. » C’est hélas plus vrai que jamais. Quelle conclusion tirer ? Les hédonistes vous diront :  Faire la fête, et ensuite se donner la mort. Nous disons : Construire ! Pour se préparer au Ciel.

Je pense bien sûr aussi à l’incendie de Notre-Dame et aux changements que cela nous impose à Saint-Sulpice. Les aménagements provisoires que nous aurons à faire pour quelques années ne pourront pas être entièrement satisfaisants. À y réfléchir, c’est sans doute mieux ainsi. Toute église, même la plus vaste, doit garder quelque-chose de ce « tabernacle » (une tente) qui habitait jadis l’arche d’alliance, au cours de la marche des Hébreux à travers le désert.

Dieu, l’Éternel, s’y rendait présent.

Père Jean-Loup Lacroix

 

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