Dimanche de la Parole de Dieu

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste,
il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth
et vint habiter à Capharnaüm,
ville située au bord de la mer de Galilée,
dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie
la parole prononcée par le prophète Isaïe :
  Pays de Zabulon et pays de Nephtali,
route de la mer et pays au-delà du Jourdain,
Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres
a vu une grande lumière.
Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort,
une lumière s’est levée.

À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer :
« Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche. »

Frères et Sœurs,
Nous fêtons en ce dimanche, pour la première fois la fête de la Parole. En novembre dernier, des séminaristes du séminaire Saint Gall au Bénin me posaient la question de la vitalité actuelle de l’Eglise en France. Je leur ai répondu : « en France, 600 000 exemplaires de « Prions en Eglise », de « Magnificat », de «Parole et prière » sont vendus chaque mois, sans oublier les applications qui permettent de se mettre en relation avec la Parole de Dieu chaque jour. » Et je leur citais Benoit XVI, dont cela a été l’œuvre majeure dans son ministère de théologien et de pasteur, il disait « Il n’y a pas de priorité plus grande que celle-ci : ouvrir à nouveau à l’homme d’aujourd’hui l’accès à Dieu, au Dieu qui parle et qui nous communique son amour pour que nous ayons la vie en abondance ». Lui-même avait été l’artisan de la constitution « Dei Verbum » du concile Vatican II et avait écrit sa principale exhortation « Verbum Domini ». D’où l’affirmation : le fruit essentiel du Concile Vatican II a été de rendre la Bible aux chrétiens. Bien sûr, la Parole de Dieu n’est pas un livre, mais la Personne même du Christ. Nous ne sommes pas une religion du Livre, comme le sont le judaïsme et l’Islam. Mais l’accès le meilleur à la Personne du Christ, ce sont les Ecritures, que l’Esprit nous permet d’accueillir comme la Parole de Dieu.
Et c’est dans la continuité avec le Pape Benoît XVI que le Pape François a voulu créer cette fête de la Parole de Dieu. Célébrer la Parole de Dieu, remercier Dieu pour les fruits qu’elle porte et en même temps nous interroger sur notre prise au sérieux de cette Parole dans notre vie chrétienne ?
Posez-vous cette question, comme je me la suis posée : quelle place la Parole de Dieu a-t-elle dans ma vie chrétienne ? Est-ce que j’apprends à lui donner peu à peu sa place ? Où est-ce que je rencontre cette Parole ?
Et cela est d’autant plus important aujourd’hui qu’il y a dans nos sociétés des recherches spirituelles les plus diverses, des dévotions diverses, qui peuvent déformer le visage de Dieu ; Est-ce que nous nous fabriquons une image de Dieu à notre convenance ? Est-ce que nous nous divisons à partir des images que nous nous sommes fabriquées ? Ou bien allons-nous vers la Parole de Dieu en disant à Dieu « Montres nous ton visage ».
Nous accueillons ensemble cette Parole de Dieu dans le passage de l’Evangile de ce dimanche, Jésus quitte Nazareth, non pas pour aller à Jérusalem, mais pour venir en Galilée, le carrefour des nations, pour venir aujourd’hui à Paris. Tant de gens y perdent le temps à se plaindre, à discourir sur la perte de la foi chrétienne, à être dans la tristesse, à entretenir la peur de l’Islam, au lieu d’employer ce temps à s’ouvrir à l’accueil de la Parole de Dieu, à y trouver leur force et leur espérance. Les premiers mots de Jésus « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche », Jésus ne dit pas « convertissez-vous pour que le Royaume de Dieu s’approche ». C’est parce que Dieu ne cesse de s’approcher de nous qu’Il nous ouvre des chemins de conversion.
C’est le travail d’une vie que d’accepter d’être traversé d’une parole plus grande que soi, plus vaste et plus diverse. La parole a une vie propre, que l’homme a pour charge et pour devoir d’accueillir, de laisser circuler, afin que jamais elle ne s’arrête. La parole est reçue, la parole est donnée, la parole continuée est la fonction humaine fondamentale ; plus que de chair, c’est de parole que nous sommes constitués, c’est toute la différence avec les pierres, les arbres et les chiens. Alex JENNI, Prendre la parole
Jour après jour, la Parole de Dieu retentit comme un appel. L’Evangile souligne la force de cet appel, lorsque Jésus arrache Pierre et André, Jacques et Jean au confort de leurs familles, de leur travail,, de leurs parents. Si chacun de nous dans cette église pouvait se tourner chaque matin de cette semaine en lui demandant « qu’attends-tu de moi dans cette journée ? !
La lettre de Paul aux Corinthiens évoque la force de la Parole pour la communion dans la communauté de Corinthe. « Qu’il n’y ait pas de division entre vous soyez en parfaite harmonie de pensées et d’opinions … Chacun de vous prend parti en disant « moi, j’appartiens à Paul » ou bien « moi, j’appartiens à Apollos » « moi j’appartiens au pape Benoit » « moi j’appartiens au pape François ».
Tous nous appartenons à la Parole de Dieu et nous cherchons à découvrir chacun comme témoin de cette Parole.
C’est une joie profonde pour moi de célébrer cette fête avec vous. Joie profonde de celui qui découvre peu à peu ce que c’est que d’être serviteur de cette Parole et cherche à en faire l’axe central de son ministère. Joie de découvrir peu à peu les fruits que cette Parole produit dans le cœur des uns et des autres. Que Dieu soit loué.

P. Maurice Pivot

(Homélie pour le Dimanche de la Parole de Dieu, 3éme dimanche du Temps Ordinaire)