Geneviève

Depuis quelques mois, je lis tout ce que je peux trouver sur elle. Cette année est le seizième centenaire de sa naissance. Elle était un peu oubliée. Il est temps de redécouvrir la femme et la sainte qu’elle a été, son importance dans l’histoire de son temps et ce qu’elle peut nous apporter dans le temps présent.
Une bergère ? Oui, d’une certaine façon, même si elle n’a sans doute jamais gardé les moutons. Son père était un haut fonctionnaire gallo-romain. Il ne lui a pas fait vivre l’enfance d’une petite paysanne. Elle était fille unique. Comme un bon nombre de jeunes femmes chrétiennes de son temps, elle a pourtant choisi la voie du célibat consacré. Non pas dans un monastère, mais chez elle, dans cet « ordre des vierges » qui est sous l’autorité de l’évêque du lieu et qui a récemment été restauré. On pense qu’elle faisait partie du groupe des dix notables qui administraient Lutèce.
Elle était d’une belle force de caractère. Un des plus célèbres épisodes de sa vie se situe en 451, alors que les troupes d’Attila déferlent sur la Gaule. À Lutèce, les hommes veulent quitter la ville. Geneviève, qui a alors 30 ans, déclare : « Que les hommes fuient s’ils le veulent, s’ils ne sont plus capables de se battre. Nous, les femmes, nous prierons Dieu et tant qu’il écoutera nos supplications. »
Dans les décennies qui suivent, l’empire romain finit de s’effondrer. Les nouveaux envahisseurs de la Gaule sont les Francs. Geneviève leur fait assez bon accueil. Elle a su voir qu’il n’était pas impossible que ces nouveaux venus, jusqu’alors païens, deviennent chrétiens. De fait, Clovis sera baptisé, à Noël, en 496 (ou peut-être quelques années plus tard). Il vient résider à Lutèce.
Geneviève est alors très âgée. Elle occupe son temps à la prière et au soin des malades. Clovis et Clotilde la traitent avec grand respect. Elle avait été l’amie du roi Childéric, père de Clovis. Plus que jamais, elle est la protectrice de la cité.
Vingt ans après sa mort, comme de nombreux témoins sont en-core vivants, un clerc de Lutèce écrit sa Vie. Il n’hésite pas à mentionner des faits surnaturels qui ne sont pas tous avérés, mais n’en sont pas moins significatifs. Était-ce bien le diable qui avait éteint son cierge, une nuit qu’elle se rendait sur la tombe de saint Denis ? Peut-être pas, mais il est bien certain qu’elle passait de longues heures à prier, de jour comme de nuit.
Elle avait prié pour la cité de Lutèce. Sa prière se faisait plus large. Elle portait certainement dans sa prière ce pays nouveau qui naissait sous ses yeux, au fur et à mesure des conquêtes de Clovis.
Une bergère ? Oui, d’une certaine façon. Une protectrice. Pour toujours, comme Péguy l’a compris. Jusqu’à la fin du monde : « Quand aura volé la dernière hirondelle. »
Père Jean-Loup Lacroix