Noël !

Rien n’est plus beau. L’installation de fortune, la mangeoire, les bergers, Marie, Joseph, Jésus. Tout cela tellement familier et si extraordinaire aussi, puisque cet enfant est Dieu.
Comme tant d’autres femmes jusqu’à aujourd’hui, Marie a mis son enfant au monde dans un grand inconfort. Elle l’emmaillote et elle l’installe dans un semblant de berceau.
Un tout petit. Fragile. Sans défense.
À Jérusalem, il y a Hérode. Bientôt, il faudra prendre la fuite.
Quoi de plus innocent qu’une crèche ? Tous n’y reconnaîtront pas l’Emmanuel, Dieu avec nous, mais tous pourraient y entendre un message de paix. C’est l’annonce des Anges : « Paix sur la terre. »
Nous devons pourtant constater que les crèches ne font plus consensus. La semaine passée, dans l’entrée d’une maison de re-traite, je remarque un petit décor sur une table. Les maisons sont là, les santons, tout un village. Je cherche où se trouvent l’âne et le bœuf, avec la Vierge, Joseph et l’Enfant. Nulle part ! Pour éviter les chamailleries, la direction a jugé plus prudent d’installer une crèche… sans Jésus.
Ne disons pas que tout ceci est stupide. Essayons plutôt de comprendre. Sans le vouloir, ceux qui attaquent les crèches rappel-lent à tous que celles-ci ne sont pas insignifiantes. Pas dérisoires.
Qu’est-ce qui les trouble, ceux qui n’aiment pas ? Je vous donne mon avis : le problème, en réalité, c’est Dieu. L’athéisme peut être vécu comme quelque-chose de confortable. On y tient. On ne veut pas en sortir. Puisque Dieu n’existe pas, tout est permis – ou presque, chercher la vérité ne mène nulle part, si une situation devient trop insupportable, la mort reste une issue raisonnable, etc.
Sur ces bases-là, l’image de la crèche est troublante parce que nous insistons pour expliquer que l’histoire est vraie. Cela s’est produit. Dieu s’est fait homme. Donc il existe. Donc il s’intéresse à nous. Donc il ne nous laisse pas tranquilles ! Vous me direz : Ce sont là autant de motifs de joie. En effet, mais il faut d’abord lâ-cher prise.
Les crèches déplaisent aussi parce qu’elles viennent remettre en cause l’ordre établi. Faire le plus grand cas de cet enfant pauvre, c’est s’opposer à tous ceux qui veulent que rien ne leur résiste.
Hérode aura toujours des successeurs. Je lisais ce lundi matin que le Président chinois prétend faire retraduire les bibles pour que celles-ci soient conformes à sa pensée. Énorme !
Nous vivons des temps difficiles. Les « crises » se succèdent et font craindre le pire. La tentation est de se durcir. Pour qui veut survivre, les « bons sentiments » seraient à oublier. Si nous nous laissons toucher par le spectacle de la pauvre installation de la Sainte Famille à Bethléem, nous devenons incapables de fermer notre cœur à ceux qui vivent une situation analogue en notre temps. La Crèche, école de tendresse, déplaira toujours à qui a choisi de hurler et de mordre.
Choquante, la Crèche ? Oui, mais pas moins que les Béatitudes.
« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. »
Bethléem disait déjà cela.
Père Jean-Loup Lacroix

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