Si j’étais le Pape

Source : Radio Canada

Si j’étais le Pape, je ferais ma prière. Plus que jamais. Le soir, le matin, la nuit, tout le temps.
Je demanderais, la force, la paix, la miséricorde. La lumière.

Le pape émérite est sorti de son silence [pas exactement, mais c’était ce qu’on a pu croire pendant 48 heures : voir mon post scriptum]. Il a publié un petit livre. Il demande solennellement au pape François de ne pas répondre positivement à la demande des évêques qui veulent ordonner des hommes mariés, en Amazonie d’abord, puis sans doute ailleurs.

Si j’étais le pape François, je ne serais pas vraiment surpris. J’aurais compris depuis longtemps que le pape émérite Benoît XVI est extrêmement inquiet de ce qui se passe en Allemagne. Là-bas, les personnes qui n’ont aucune estime pour le célibat des prêtres crient chaque jour un peu plus fort. Tout ce qui leur donnerait raison serait un désastre.

Si j’étais François, si j’avais sa miséricorde et son humilité, je serais capable d’admirer les plus belles pages du petit livre de Benoît XVI et du cardinal Sarah. Comme eux, j’y retrouverais ma propre vocation, mon propre chemin. Se donner tout entier au Seigneur. Ne rien préférer à l’amour du Christ. (Peut-on faire cela si on est marié ? Oui, bien sûr, sinon la sainteté ne serait pas possible pour les gens mariés. Mais c’est sans doute plus difficile. Saint Paul l’avait compris. Cf. 1 Co 7,33-35).

Si j’étais le Pape, je chercherais comment redire encore et encore aux prêtres célibataires la grandeur de leur vocation. Je chercherais aussi comment redire aux prêtres mariés des Églises catholiques orientales qu’ils ne sont certainement pas de mauvais prêtres, qu’ils ne sont pas une erreur de l’histoire.

Si j’étais le Pape, et si j’estimais finalement que le moment n’est pas venu d’assouplir la règle du célibat dans de nouveaux pays, je chercherais comment faire pour que les patriarches et les évêques des Églises catholiques orientales, mes frères dans l’épiscopat, puissent faire entendre leur voix. Je sentirais qu’il faut qu’ils puissent redire à l’Église tout entière la beauté et la valeur de la vie et du ministère de ceux de leurs prêtres qui sont mariés.

Si j’étais le Pape, et si j’estimais que le moment est venu d’assouplir la règle du célibat, aussi peu que ce soit, je chercherais comment faire pour que les évêques des pays où règne l’hédonisme et le politiquement correct puissent tenir bon face à cet esprit « mondain » qui ne vient pas du Bon Esprit, mais bien de l’Adversaire (comme aurait dit saint Ignace).

Si j’étais François, je saurais que les personnes qui prient pour moi sont innombrables. Je saurais leur confiance et leur attente. Je ne serais pas découragé.

Je ne suis pas François. J’ai pourtant confiance.

Père Jean-Loup Lacroix (15 janvier 11h00)

J’ai rédigé cet éditorial ce mercredi matin, alors que je n’avais pas encore eu connaissance des démentis apportés dès mardi par le secrétaire particulier du pape émérite Benoît XVI. Ce que j’écrivais sur l’Allemagne — pour lui trouver des excuses, en fait — serait peut-être à nuancer. Il demeure que le pape François doit prendre une décision de la plus grande importance sur la question du célibat et que nous devons certainement prier pour lui.  (15 janvier, 15h15)