Carême 2020

L’épidémie. Il pourrait sembler inutile d’en parler ici. Ma responsabilité de curé est de vous parler du carême qui commence. Pourquoi donc vous parler pour commencer de ce trop fameux virus ?

Nous savons pourtant que l’Évangile n’est pas fait pour nous conduire en dehors de la réalité. Il est la lumière divine projetée sur notre histoire. Il serait tout à fait illusoire de vouloir vivre un bon carême « malgré » l’épidémie, en faisant comme si celle-ci ne nous touchait pas. Que nous le voulions ou non ce carême de 2020, nous avons à le vivre « dans » celle-ci. Comment cela ?

Une chose me frappe, c’est l’incertitude dans laquelle nous nous trouvons. Avant de commencer à rédiger cet éditorial, j’ai voulu prendre les dernières nouvelles. Un médecin évoquait la pénurie de certains masques (ils sont importés de Chine !) et « l’éventualité d’une épidémie beaucoup plus importante ».

Le mot employé était juste : « éventualité ». C’est dire qu’on ne sait pas. Combien seront atteints ? À quelles pénuries s’attendre ? Serons-nous confinés ? Les écoles seront-elles fermées ? Les églises ? Combien de temps tout cela va-t-il durer ? On voudrait savoir. C’est impossible.

Cette année, nous avons voulu méditer la 1re Béatitude « Heureux, vous les pauvres. » Nous y voilà ! Un pauvre ne sait pas de quoi demain sera fait. Il ne lui est pas possible de se prémunir des aléas. C’est devenu notre situation à tous.

Dans l’incertitude où nous sommes, le moment est venu de serrer très fort la main que le Christ nous tend. « Comme Pierre commençait à l’enfoncer, il cria : Seigneur, sauve-moi ! » Jésus lui répond : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté » (Mt 14,30-31).

Le carême, c’est suivre le Christ au désert. On y manque de tout. Un homme seul y est en danger. On peut y rencontrer des brigands ou des bêtes sauvages, ou parfois, à ce qu’on raconte, des démons. L’évangile de ce dimanche nous rapporte comment Jésus y fut approché par le plus redoutable d’entre eux, le diable lui-même.

Il nous faut comprendre que les semaines et les mois qui viennent seront le temps d’un combat spirituel. Le proviseur d’un lycée de Milan vient d’écrire à ses élèves pour leur rappeler qu’une grave épidémie révèle aussi bien le meilleur que le pire de notre humanité. Il écrit : « Un des plus grands risques dans de tels événements, comme Manzoni et peut-être encore plus comme Boccace nous l’enseignent, est l’empoisonnement de la vie sociale, des relations humaines, la barbarisation de la vie civile. »

Oui. Un combat spirituel. Et d’abord celui de la prière, pour nous-mêmes, pour tous. Que l’épidémie ne dure pas ! Que nous sachions y faire face avec dignité !

On a demandé à Asia BIBI, cette chrétienne condamnée à mort pour un prétendu blasphème, quelles prières elle faisait dans sa prison. Elle avait une Bible. Elle priait les Psaumes. Celui qu’elle préférait était le Psaume 15 : « Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge. Seigneur, mon partage et ma coupe : de toi dépend mon sort. »

Je vous propose que cette prière devienne la nôtre.

 

Père Jean-Loup Lacroix


L’interview d’Asia Bibi

Qu’avez-vous ressenti le jour où vous avez été jetée en prison ?

Sur le moment, j’ai été très en colère. Mais il y avait quelque chose pour laquelle j’étais certaine. Dans le véhicule qui me transportait, je savais que je partais en prison au nom de Jésus. Je savais que j’allais subir une épreuve en son nom.

Condamnée injustement, n’avez-vous pas pensé que Dieu vous abandonnait ?

Je voyais Jésus sur la Croix crier : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». Cette parole de Jésus, je l’ai faite mienne par moments. Je n’ai pas vraiment ressenti de colère, plutôt du désespoir. Je le sentais s’emparer progressivement de mon être, s’immiscer dans mon esprit. Mais je me suis reprise, remettant ma confiance en Dieu. C’était mon épreuve de foi.

Dans votre prison, aviez-vous l’habitude de prier ?

Je dialoguais avec Jésus. Je lui posais toutes mes questions, partageais mes doutes, et lui demandais de me porter. Je lui disais que j’étais fermement résolue à traverser cette épreuve que la vie m’envoyait. J’avais une bible avec moi et puis un livre de chants. J’ai longuement prié le livre des Psaumes, lu les Évangiles, récité le Notre-Père. J’ai aussi beaucoup répété le nom de Marie.

En 2010, le pape Benoît XVI a prié pour vous place Saint-Pierre…

J’ai ressenti une profonde joie. C’est mon mari qui est venu m’annoncer la nouvelle. C’est étrange et je ne saurais pas vous l’expliquer mais, dans ma prison, j’avais déjà le pressentiment qu’il priait pour moi. Mon mari m’expliquait que des milliers de personnes priaient pour moi dans le monde, une véritable fraternité universelle. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute dans mon esprit : ces prières ont été entendues.

Aujourd’hui, je peux dire que cette épreuve a renforcé ma foi. J’ai la conviction que, jusqu’à mon dernier souffle, je resterai accrochée à cette foi. Au moment de ma mort, j’aurai le nom de Jésus dans le cœur et sur mes lèvres.

Vous croyez en la force de la prière. Que pouvez-vous dire à ceux qui n’y croient plus ?

Je vais prier pour eux. Je veux prier pour que toutes les personnes qui sont égarées retrouvent le chemin de la foi. Car je sais à quel point la foi est un trésor qui fait vivre. Dans les épreuves, les périodes difficiles, on peut avouer ses faiblesses et baisser la tête, mais jamais perdre la foi.

Source : Famille Chrétienne (27/02/2020).