Présentation du Seigneur

Lecture du livre du prophète Malachie

Ainsi parle le Seigneur Dieu :
Voici que j’envoie mon messager
pour qu’il prépare le chemin devant moi ;
et soudain viendra dans son Temple
le Seigneur que vous cherchez.
Le messager de l’Alliance que vous désirez,
le voici qui vient – dit le Seigneur de l’univers.
Qui pourra soutenir le jour de sa venue ?
Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ?
Car il est pareil au feu du fondeur,
pareil à la lessive des blanchisseurs.
Il s’installera pour fondre et purifier :
il purifiera les fils de Lévi,
il les affinera comme l’or et l’argent ;
ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur,
présenter l’offrande en toute justice.
Alors, l’offrande de Juda et de Jérusalem
sera bien accueillie du Seigneur,
comme il en fut aux jours anciens,
dans les années d’autrefois.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse
pour la purification,
les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem
pour le présenter au Seigneur,
selon ce qui est écrit dans la Loi :
Tout premier-né de sexe masculin
sera consacré au Seigneur.

Ils venaient aussi offrir
le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :
un couple de tourterelles
ou deux petites colombes.

Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.
C’était un homme juste et religieux,
qui attendait la Consolation d’Israël,
et l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce
qu’il ne verrait pas la mort
avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.
Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus
pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
Syméon reçut l’enfant dans ses bras,
et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain,
tu peux laisser ton serviteur s’en aller
en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations
et donne gloire à ton peuple Israël. »

Le père et la mère de l’enfant
s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit,
puis il dit à Marie sa mère :
« Voici que cet enfant
provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.
Il sera un signe de contradiction
– et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :
ainsi seront dévoilées
les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »

Il y avait aussi une femme prophète,
Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Elle était très avancée en âge ;
après sept ans de mariage,
demeurée veuve,
elle était arrivée à l’âge de 84 ans.
Elle ne s’éloignait pas du Temple,
servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
Survenant à cette heure même,
elle proclamait les louanges de Dieu
et parlait de l’enfant
à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu’ils eurent achevé
tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,
ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.

L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,
rempli de sagesse,
et la grâce de Dieu était sur lui.

 

« Soudain, viendra dans son temple, le Seigneur que vous cherchez » (Ml 3,1).

Est-ce qu’elle allait s’accomplir, cette promesse ?

Au fil des siècles, l’attente du Peuple de Dieu se faisait plus intense, plus ambitieuse. On attendait un messie, autrement dit un homme marqué par une consécration, comme David. Parfois, comme dans ce texte du prophète Malachie, on laissait entendre que ce serait Dieu même qui se rendrait présent.

Cette espérance n’était pas si étonnante. En ce temps-là, on trouvait un peu partout des édifices religieux qui étaient conçus comme autant de maisons où les divinités avaient leur demeure. En Israël, il y avait ces temple construit par Salomon, puis détruit, puis modestement reconstruit au retour de l’Exil, puis considérablement agrandi par ce tyran mégalomane qu’était le roi Hérode.

Le Temple était le lieu de la présence divine. Une présence invisible. On attendait davantage. Au temps du Messie, le Seigneur se manifesterait. Alors, explique Malachie, le peuple serait purifié, ce qui signifie qu’il deviendrait apte à offrir à Dieu une offrande qui lui plaise.

Un jour vint qui vit entrer dans le temple un jeune ménage portant un enfant dans les bras. Rien d’extraordinaire. Saint Luc a retenu que Joseph et Marie viennent pour présenter Jésus au Seigneur. Ils viennent aussi pour le rite d’un sacrifice, non pas celui d’un taureau ou d’un agneau, mais l’offrande la plus modeste qui soit, celle que faisaient les plus pauvres : deux tourterelles ou deux petites colombes.

Ce qui est plus extraordinaire, c’est que deux personnes sont venues, deux habitants de Jérusalem qui vivaient en quelque sorte à l’ombre du Temple. Ils avaient assisté à sa reconstruction par le roi Hérode, avec la création de cette immense esplanade qui existe encore aujourd’hui. Nous pouvons les imaginer au milieu de l’énorme chantier qui fit travailler jusqu’à 100 000 personnes. Le travail était alors achevé pour l’essentiel.

Ils s’appelaient donc Syméon et Anne. Syméon avait une certitude intime : il ne verrait pas la mort sans voir le messie. Anne, quant à elle, avait un charisme spirituel reconnu. Luc la désigne comme une prophétesse.

Syméon comprend que cet enfant est le messie. Pourquoi ? Sans raison particulière. Parce que Dieu lui donne de savoir cela.

Il s’approche. Il tend les bras. Je suppose que Joseph et Marie comprennent aussitôt qu’ils n’ont pas à se méfier de lui. Ils lisent sur son visage et bientôt sur celui de la prophétesse Anne, une même intense dévotion et une joie indicible.

Ils étaient venus pour présenter leur enfant au Seigneur. Il est le don de Dieu : ils ne vont pas le garder pour eux.

Syméon prend l’enfant dans ses bras et le voilà qui prie à voix haute : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »

Pour lui, voir cet enfant, c’était voir le salut promis. Il n’en demandait pas davantage. Il pouvait s’en aller. Il pouvait mourir. Heureux. Exaucé.

Nous devons ce récit à saint Luc. Celui-ci a bien précisé, au tout début de son évangile, qu’il avait recueilli « avec précision » les informations nécessaires à son récit. Nous constatons aussi qu’il écrit comme un homme qui a longtemps prié. Tout comme Marie, Joseph, Anne et Syméon, il a reçu de l’Esprit Saint un véritable et très profond charisme pour comprendre les choses de Dieu.

Que Marie et Joseph aient fait l’offrande de deux tourterelles ou de deux colombes, c’est une information qui recoupe ce que l’on sait par ailleurs. Qu’ils soient venus au Temple pour le présenter lui et que leur geste soit à comprendre en référence à l’offrande des premiers nés, c’est une intuition spirituelle d’une très grande profondeur que nous n’aurons jamais fini de méditer et qui nous éclaire à la fois sur le mystère du Christ et sur la vie chrétienne.

Jésus accomplirait la prophétie de Malachie, non pas seulement en venant à notre rencontre, lui, le Seigneur, mais en offrant sa vie. Il était venu pour une offrande. Celle de lui-même.

Comme lui, quand nous venons prier, ce n’est pas seulement pour obtenir quelque-chose de Dieu, ni seulement pour trouver la lumière. C’est pour faire de notre vie une offrande.

Aimer, c’est se donner. Il n’y a pas d’amour sans générosité.

La présentation de Jésus au Temple peut nous aider à comprendre cela.

Père Jean-Loup Lacroix

Homélie du dimanche 2 février 2020

 

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