La grâce du baptême

Résurrection de Lazare, Duccio, vers 1310

Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit :
« Père, je te rends grâce
parce que tu m’as exaucé.
Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ;
mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure,
afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »
Après cela, il cria d’une voix forte :
« Lazare, viens dehors ! »
Et le mort sortit,
les pieds et les mains liés par des bandelettes,
le visage enveloppé d’un suaire.
Jésus leur dit :
« Déliez-le, et laissez-le aller. » (Jn 11)

Nous avions eu l’évangile de la rencontre de Jésus avec la Samaritaine, puis celui de la guérison de l’Aveugle-né. Aujourd’hui, deux semaines avant Pâques, nous lisons le récit de la résurrection de Lazare. On lit ces trois évangiles pour préparer les catéchumènes à leur baptême au cours de la nuit pascale.

Dans cette homélie, permettez-moi de parler surtout pour eux. Nous célébrons entre prêtres, mais je les rencontrerai cet après-midi sur « Zoom ». Je reprendrai alors avec eux ce que j’aurai dit ce dimanche matin.

Ces trois grands évangiles se complètent pour nous dire une chose très importante. Ils nous disent ce que Dieu donne aux baptisés. Il ne faut pas croire que le baptême serait seulement un accueil parmi les chrétiens, ni seulement un engagement que l’on prend, ni seulement le début d’un nouveau chemin. Au cours du baptême, il se passe surtout que Dieu nous donne quelque-chose, qu’on gardera toute sa vie. Ou plutôt, il nous transforme, nous, au plus profond, et pour toujours. La théologie parle de cela en employant mot très beau, venu de la Bible, le mot « grâce ».

Ce que la théologie exprime par ces mots qui ne sont peut-être pas très clairs (la « grâce baptismale ») les Évangiles nous permettent d’en saisir toute la beauté et la profondeur en nous rapportant ce que Jésus a dit et ce qu’il a fait.

Dans l’évangile de la Samaritaine, on voit Jésus qui promet l’eau vive. Et le baptême, c’est cela.

C’est une source qui s’ouvre au plus profond de notre cœur. Une source de grâce, une source de vie divine, une source de vie spirituelle. Sans cette source nous sommes morts, ou du moins nous sommes comme une graine qui n’a pas encore germé.  Quand jaillit la source, commence notre vie d’enfant de Dieu.

Notre vie biologique et notre vie affective ne disparaissent pas, mais elles prennent une autre dimension, celle de la vie divine.

Notre vie devient une histoire sacrée, qui se déroule en présence de Dieu. On prend un repas, par exemple, mais on est devenu capable de bénir Dieu pour cela. Autre exemple : On donne la vie à des enfants, mais on comprend que c’est Dieu qui nous les donne. Il est leur créateur. On est leurs procréateurs, des créateurs par procuration, des collaborateurs du Dieu créateur.

L’évangile de l’Aveugle-né venait nous apprendre que le baptême des catéchumènes sera pour eux une illumination, le don d’une lumière, celle de la foi. Vous pourriez me dire : Quand on est baptisé, on a déjà la foi. En effet, et c’est indispensable. Mais le baptême transforme ce début de foi pour en faire une longue histoire de confiance et de foi.

Comment cela ? Qu’est-ce qui a changé en nous pour la foi puisse toujours rejaillir ? Même si elle connaît des éclipses. Même si elle peut aussi devenir tiède.

Ce qui a changé, c’est que nous sommes désormais sous la « mouvance » de l’Esprit Saint (cf. Rm 8). Nous ne le croisons pas sur notre route pour vire alors de simples moments, plus ou moins éphémères, de grâce et de lumière. Il est « l’hôte de nos âmes », toujours là, comme le feu caché sous la braise, source de vie, mais tout autant de lumière.

Tout au long de notre vie, nous pouvons l’invoquer, quand nous cherchons notre chemin, en lui rappelant qu’il doit nous éclairer, puisque Dieu le Père nous l’a donné, pour toujours.

On fait l’expérience de chercher la lumière et de la recevoir, de la trouver, non pas seulement quand on réfléchit en général, mais quand nous cherchons notre chemin, pour vivre en chrétien tous les jours, dans des situations toujours nouvelles, et parfois déroutantes, où nous nous trouvons.

Aujourd’hui, c’est donc l’évangile de Lazare. Il vient nous apprendre, si nous ne le savions pas déjà, que le baptême est un passage de la mort à la vie.

Le baptême, c’est « avoir part » à la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour parler comme Saint Paul.

Jésus n’était pas venu au secours de son ami malade, en l’empêchant de mourir. C’était choquant. Mais il savait, lui, qu’il pouvait faire bien davantage que cette simple guérison que ses amis attendaient. Il avait redonné vie à la fille de Jaïre, tout en laissant entendre qu’elle n’était pas vraiment morte. Il avait redonné vie, publiquement, au milieu de la célébration des obsèques, à ce jeune homme de la ville de Naïm, le fils unique d’une femme qui était veuve.

Il va maintenant redonner vie à Lazare, mort, et déjà enterré, et depuis 4 jours déjà. Selon les conceptions de l’époque, durant les 3 premiers jours après le décès, le corps restait intact. Ensuite seulement, croyait-on, commençait ce qu’on appelait la corruption.

Jésus ressuscita le 3ème jour, sans connaître la corruption du tombeau. Lazare en est déjà là. Sa résurrection est donc absolument un miracle, au sens le plus fort de ce mot. On ne peut pas interpréter les choses autrement. Ce qui est absolument impossible, ce jour-là, Dieu l’a fait.

Ce n’est pas une remise en route, une guérison. C’est littéralement une nouvelle création. Dieu seul peut accomplir cela.

Comment le baptême est-il, lui aussi, une victoire sur la mort ? De deux façons, me semble-t-il.

Quand on le reçoit adulte, il arrive que l’on ait déjà vécu des histoires lamentables non pas seulement comme une personne malchanceuse, comme une victime innocente, mais comme coupable ou complice. Le baptême vient guérir cela. Tous nos péchés sont pardonnés.

Mais le baptême ressemble à la résurrection de Lazare, d’une seconde façon. Il met en nous ce qui nous rendra capables, pour finir, de traverser la mort. Cela se fera en deux temps, comme vous le savez. D’abord, notre âme, le principe spirituel qui nous habite, sera préservée. La grâce de notre baptême lui permettra de connaître la paix et la lumière, après ce passage plus ou moins long, plus ou moins obscur, qui a la valeur d’une purification et que nous appelons don le « purgatoire ». Second temps, à la fin du monde, quand toute l’histoire humaine trouvera son achèvement : la résurrection de nos corps. L’être humain tout entier possédant à jamais une vie semblable à celle du Christ ressuscité. La sienne, en fait, qu’il nous partagera.

Si on est cohérent avec son baptême on n’a plus peur de mourir, car on sait que l’on possède déjà, de manière invisible, une vie que rien ne pourra détruire. On peut être angoissé, comme tout le monde, en pensant à la mort, mais on sait que la mort sera en fait un passage, une « pâque », comme quand les hébreux passèrent à travers la mer, comme le passage qu’est la naissance d’un enfant.

Quand on est chrétien, on n’a pas peur de penser à la mort qui vient, on n’a pas peur d’en parler. Pourquoi ? Parce que nous comptons sur Dieu pour que, après la mort, vienne la vie.

Père Jean-Loup Lacroix
(29 mars 2020)

 

 

 

Les commentaires sont fermés.