« Dans quel monde va vivre mon enfant ? »

Le téléphone sonne. Un ami vient d’être conduit à l’hôpital. Non, ce n’est pas le virus, mais on n’en est pas moins inquiet.

On lit les journaux. Ici ou là, l’espoir renaît. C’est le cas en France. Ailleurs, le pire est encore à venir. Dans beaucoup de pays pauvres, les autorités essayent de faire comme dans les pays riches. C’est bien sûr illusoire. Comment interdire de sortir à des gens qui vivent au jour le jour ? En Chine, on distribue au moins de la nourriture. Là, on affame tout un peuple. C’est à pleurer.

Le Pape célèbre tantôt à Saint-Pierre, tantôt dans la chapelle Sainte-Marthe. Nous sommes des millions à suivre les retransmissions. Jamais, il n’aura eu un tel auditoire pendant autant de jours consécutifs. Ce vendredi matin, il nous explique pourtant son inquiétude. Si chacun ne suit la messe que par l’intermédiaire d’un écran, il manque quelque-chose de très essentiel à la vie chrétienne. Disciples du Christ, nous avons le plus grand besoin d’être physiquement rassemblés autour de lui, comme jadis les disciples au bord du lac, le jour où ils partagèrent avec lui un repas de pain et de poisson, après sa résurrection, au lever du jour.

Au début de cette même messe, François demandait que l’on prie pour les femmes qui sont actuellement enceintes et qui s’inquiètent : « Dans quel monde va vivre mon enfant ? » Il ajoutait, comme un encouragement : Leurs enfants vont vivre dans un monde différent, « mais que le Seigneur aimera tout autant. »

J’ai trouvé cette simple remarque extraordinairement profonde et belle. Un trésor.

Nous fêtons le dimanche de la Miséricorde. Sainte Faustine disait que le Seigneur voulait qu’on institue une telle fête le dimanche après Pâques. Elle disait aussi qu’il voulait qu’on l’invoque par ces mots : « Jésus, j’ai confiance en toi. »

Ne pas perdre confiance : c’est bien là le défi. Nous comprenons que la crise du coronavirus ne sera pas une parenthèse, vite refermée. Le « monde d’après » est très difficile à imaginer. Allons-nous devenir plus sobres et plus fraternels ? Il le faudrait, mais que de périls !

Si nous voyons les choses dans la foi, nous comprenons que nous avons une raison tout à fait décisive de ne pas regarder avec trop d’angoisse le monde qui vient. Sans y insister, sur le ton de l’évidence, le Pape nous l’a donnée : « un monde que le Seigneur aimera tout autant. » Comment refuser de l’aimer ? Nous aussi.

(Père Jean-Loup Lacroix)

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