Le Sauveur

Nous entrons dans la Semaine Sainte. Nous ferons mémoire des souffrances et de la mort du Christ. Ce sera ensuite le grand silence du Samedi Saint. Ensuite encore, Pâques.

Nous voulons suivre Jésus sur le chemin qui le conduit au Calvaire. Nous comprenons que sa mort ne fut pas échec, mais vie donnée. Par sa mort, il a donné la vie. Sa croix peut nous faire peur, c’est pourtant elle qui éclaire notre route. Nous connaissons ces mots d’une hymne très ancienne : O Crux, ave, Spes unica, « Salut, ô Croix, unique espoir. »

La mort du Christ ne fut pas un échec que la Résurrection serait venue faire oublier. C’est au cœur même de cette horreur que Dieu se fait connaître. Rien n’est plus admirable.

L’épidémie qui nous frappe est terrifiante. Ces gens avaient la vie modeste et digne d’un couple de retraités. C’est d’abord lui qui tombe malade. On l’emmène. Il ne reviendra pas. Quelques jours se passent et c’est son épouse qui a la fièvre. On vient la chercher à son tour. Son infirmière est là, au bord des larmes. Les voisins l’encouragent de loin. Ils veulent croire qu’elle reviendra. Ses enfants sont confinés dans une ville lointaine. Pourra-t-elle seulement leur parler au téléphone ? Une dernière fois ?

Il est trop tôt pour nous projeter vers l’avenir. Il nous faut vivre dans ce présent fait d’incertitudes et de deuils sans nombre. Voici pourtant que, au cœur même de cette tempête, des signes d’espoir nous sont donnés, innombrables.

Les gens ne sont pas seulement courageux, ils sont généreux. Chez beaucoup, la générosité va jusqu’au sacrifice. On se donne à fond. On prend des risques pour sa santé et pour sa vie.

Des mots comme « sollicitude », « compassion » ou « abnégation » ne sonnent plus comme des mots creux. Du médecin, de l’infirmière et de l’aide-soignante jusqu’à la caissière d’un commerce d’alimentation ou au chauffeur-livreur, du maire d’une ville jusqu’au policier ou à l’éboueur, ceux qui méritent nos applaudissements sont innombrables.

Ils portent l’espoir. Ils annoncent un monde meilleur, qui ne sera plus celui du chacun pour soi. En fait, alors même qu’ils n’admettent peut-être pas cette idée, ils annoncent à nos yeux la victoire de la vie sur la mort, ce « Règne de Dieu » inauguré par le Christ.

Si nous en doutions, levons les yeux. Tournons-les vers le Crucifié. Faisons comme saint Jean. Regardons bien. Le centurion donne un coup de lance. Jésus était déjà mort. Voici pourtant que du sang et de l’eau jaillissent de son côté ouvert.

Quel signe !

Père Jean-Loup Lacroix

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