Mardi matin : Homélie du Père Pivot

Ce mardi matin : la messe de communauté au presbytère. Le Père Pivot préside. Son homélie est dense, très contemplative. Il s’adresse à des prêtres, de manière exigeante (il se demande si notre ministère ne reste pas trop centré sur nous-mêmes), mais tous pourront se laisser toucher. Nous étions entre nous, mais comme tous les jours, nous étions unis à tous ceux qui le font par la prière. Je me suis permis de prendre une photo et de demander au Père Maurice de me donner ses notes pour les diffuser. (JLL)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
Marie Madeleine se tenait près du tombeau,
au-dehors, tout en pleurs.
Et en pleurant,
elle se pencha vers le tombeau.
Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc,
assis l’un à la tête et l’autre aux pieds,
à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.
Ils lui demandent :
« Femme, pourquoi pleures-tu ? »
Elle leur répond :
« On a enlevé mon Seigneur,
et je ne sais pas où on l’a déposé. »
Ayant dit cela, elle se retourna ;
elle aperçoit Jésus qui se tenait là,
mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Jésus lui dit :
« Femme, pourquoi pleures-tu ?
Qui cherches-tu ? »
Le prenant pour le jardinier, elle lui répond :
« Si c’est toi qui l’as emporté,
dis-moi où tu l’as déposé,
et moi, j’irai le prendre. »
Jésus lui dit alors :
« Marie ! »
S’étant retournée, elle lui dit en hébreu :
« Rabbouni ! »,
c’est-à-dire : Maître.
Jésus reprend :
« Ne me retiens pas,
car je ne suis pas encore monté vers le Père.
Va trouver mes frères pour leur dire
que je monte vers mon Père et votre Père,
vers mon Dieu et votre Dieu. »
Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples :
« J’ai vu le Seigneur ! »,
et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

– Acclamons la Parole de Dieu.

Ce temps de Pâques est celui dans lequel nous nous accoutumons à vivre avec le Christ ressuscité (pour parler comme saint Irénée).
Chaque épisode de l’évangile de Jean met en relief quelque-chose de cet apprentissage.

Cela avait commencé dimanche : « Le disciple que Jésus aimait vit, et il crut. »

Voir : il s’agit d’apprendre à voir toutes choses à la lumière du Christ ressuscité. Et cela ne peut se faire qu’à partir de cette source mystérieuse, l’amour dont Jésus nous aime et dont nous cherchons à vire tant bien que mal.

C’est la lumière qui luit dans les ténèbres, que les ténèbres n’ont pu arrêter, qui nous donne des yeux qui voient.

Et aujourd’hui, cet amour se développe, il se déploie en Marie Madeleine.

Nous pouvons y voir trois étapes.

Dans la première étape, c’est une étape de recherche, qui se fait dans les larmes. Marie pleure. Ce sont ces larmes, cette souffrance qui lavent les yeux de Marie, qui permettent un regard renouvelé sur toutes choses.

Il y a là quelque-chose qui se vit dans ce confinement, ce temps dans lequel se purifient nos manières de voir et de vivre tous les actes du ministère : purification de nos rigidités, de nos égoïsmes qui ramènent tout à nous, y compris notre ministère.

Voici ce que l’évêque de Constantine écrivait le 6 avril :

« À l’image de Jésus, garder au cœur visages, événements, sans négliger les plus insignifiants au premier regard ; y déceler, y reconnaître la lumière de Dieu, présent, silencieux, caché. Offrir cela dans le secret, sur l’autel intime du cœur, en rendant grâce à Dieu pour l’autre tel qu’il est, pour sa beauté qu’il tient de lui, en invoquant sur lui toute la bonté de Dieu. Ainsi, préparer la rencontre, comme on pétrit une pâte qui lèvera plus tard et deviendra du pain. Mais aussi, déjà, la vivre au plus intime qui soit, là où le regard trouve sa joie à contempler l’autre au meilleur de lui-même, tel que Dieu le regarde et l’aime à chaque instant » (Mgr Nicolas Lhernould).

Autre étape, celle dans laquelle se fait la reconnaissance progressive de Jésus. Cette reconnaissance qui trouve son apogée dans le nom prononcé par Jésus : « Marie ! »

Pour Jésus, nommer quelqu’un, c’est l’envoyer — l’envoyer vers — ce n’est pas le ramener à lui dans une relation privilégiée. Il y a là comme la purification des tendances idolâtres de notre prière. Enlever la couche d’idolâtrie qui se répand sur notre prière comme sur les actes de notre vie. « Ne me touche pas », ou plus exactement : « Ne t’empare pas de moi », ne m’empêche pas d’aller au Père pour aller vers tous mes frères. Ne t’empare pas de moi dans ta prière ou dans tes études.

Et là, la troisième étape : « Va. » Va trouver mes frères. Ce n’est qu’au près d’eux que tu peux vérifier l’amour qui te conduit, l’amour reçu du Père de Jésus et de notre Père.

Aller vers cet avenir que nous ne connaissons pas. Il s’agit de voir loin et d’agir au plus près. Voir loin et agir concrètement.

Marie peut alors dire : « J’ai vu le Seigneur ».

Père Maurice Pivot, mardi de Pâques, 14 avril 2020


Texte intégral de Mgr Lhernould :

« Offrir tout l’homme au Père sur l’autel de nos cœurs »

En ces temps de confinement et à l’orée de la Semaine sainte, Mgr Nicolas Lhernould, évêque de Constantine, invite à réfléchir sur « l’eucharistie du cœur ».

L’eucharistie du cœur prépare, et en même temps prolonge, celle où Jésus se donne sur l’autel de la messe.

Jésus a commencé par écouter, pendant trente ans, avant de commencer à prêcher. À son exemple, il faut nous mettre à l’écoute de la Parole, longuement, avant de l’annoncer, parfois par des mots, toujours par notre vie ; mais aussi à l’écoute de l’autre, que cette Parole veut rejoindre : de sa langue, de sa culture, de sa recherche de Dieu… Écouter dans la prière comment et combien Dieu aime l’autre vers lequel il m’envoie. Et ainsi, faire déjà beaucoup de bien à l’autre par la prière, ce lieu où mystérieusement, en le portant dans mon cœur et mes pensées, je peux déjà l’aider à s’approcher de Dieu en m’en approchant moi-même.

 On ne sait presque rien sur la manière dont Jésus a « écouté » à Nazareth. On ne peut que l’entrevoir derrière sa façon de parler, lors de sa vie publique. On peut aussi imaginer qu’à l’exemple de Marie, sa mère, il passa de longs moments à méditer dans son cœur tous les événements, à les y garder, les y recueillir, non pour lui-même, mais pour déjà les offrir à son Père, les préparer à la rencontre avec lui. Eucharistie du cœur avant la première messe que Jésus célébrera le soir du Jeudi Saint.

À l’image de Jésus, garder au cœur visages, événements, sans négliger les plus insignifiants au premier regard ; y déceler, y reconnaître la lumière de Dieu, présent, silencieux, caché. Offrir cela dans le secret, sur l’autel intime du cœur, en rendant grâce à Dieu pour l’autre tel qu’il est, pour sa beauté qu’il tient de lui, en invoquant sur lui toute la bonté de Dieu. Ainsi, préparer la rencontre, comme on pétrit une pâte qui lèvera plus tard et deviendra du pain. Mais aussi, déjà, la vivre au plus intime qui soit, là où le regard trouve sa joie à contempler l’autre au meilleur de lui-même, tel que Dieu le regarde et l’aime à chaque instant.

 L’eucharistie du cœur prépare, et en même temps prolonge, celle où Jésus se donne sur l’autel de la messe. Dans la mesure où l’offrande de la messe embrasse le poids d’amour contemplé dans la vie, recueilli dans la prière, célébré dans le cœur et porté à l’autel. Dans la mesure aussi où la messe s’étire et se prolonge en action de grâce, en rencontre, en partage, en un mot, en amour et en vie.

Exercer, sur cet autel du cœur, notre responsabilité de collaborer à la mission de Jésus, de présenter au Père toute l’humanité. Dans un geste d’offrande, et dans la certitude que ce travail intérieur, comme celui d’une mère sur le point d’enfanter, transforme, irrigue et illumine le monde, d’une manière que Dieu connaît, selon les voies que lui seul sait. La prière associe toute l’humanité, ainsi présentée sur l’autel du cœur, portée dans le silence vers la rencontre avec la source de toute vie, au mystère de la rédemption, qui rejoint tous les êtres humains, créés par Dieu lui-même à son image et à sa ressemblance. Nul besoin que l’autre soit conscient ni même consentant. Rien pourtant en cela ne force sa liberté. Gratuité d’un amour qui embrasse l’autre comme un frère, en l’associant au mystère dans la foi, dans le secret et le respect de la prière, sans jamais prétendre ni même tenter de le posséder d’aucune manière.

 Quand bien même nous n’aurions plus rien à faire, quand auraient disparu toutes les œuvres extérieures d’un bel apostolat, quand les circonstances, même, empêcheraient de célébrer la messe, rien ne pourrait faire disparaître cette opportunité quotidiennement à notre portée d’offrir tout l’homme au Père sur l’autel de nos cœurs. L’homme concret, rencontré, regardé, touché, nourri, guéri, écouté ; l’homme servi et aimé, en commençant par le plus petit, auquel Jésus lui-même a voulu s’identifier. Car ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, dit-il dans l’Évangile, c’est à moi que vous l’avez fait.

Quelle charité plus grande, au-delà de tous les secours nécessaires que l’on peut apporter à quelqu’un, que de l’accompagner un peu plus encore au seuil de la rencontre avec celui qui seul est bon, en l’introduisant par le labeur de la prière, dans le lumineux mouvement du mystère de la rédemption ? Souvent – et même toujours – on se rendra compte en deçà du visible qu’en réalité, c’est Dieu qui est à l’œuvre en tout cela, et que derrière les traits de ceux et celles que nous lui présentons, c’est lui qui vient à nous et qui, sans cesse, se donne.

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