« Mort, où est ta victoire ? »

C’est étrange. Nous voici dans le silence. En ville, la circulation automobile est réduite à rien. Pourtant, le monde craque. Ce samedi matin, on annonçait que le total des morts venait de dépasser le chiffre de 100 000. Les arbres sont en fleur, mais c’est l’heure des ténèbres.

On se réveille le matin et la mémoire nous revient. Non, la journée ne sera pas normale. Non, on ne peut pas revenir à l’insouciance d’avant. Non, personne ne sait jusqu’où cela nous conduira.

Et voici que nous fêtons Pâques. Nous apprenons à le faire sans être physiquement réunis. Le risque serait de s’y habituer, de ne plus sentir combien il est important de « faire corps » pour « faire Église » afin d’être semblables à cette vigne dont parlait Jésus quand il disait : « Je suis le cep et vous êtes les sarments. »

Comment entrer dans la joie de cette fête ? Quelle Bonne Nouvelle dire et redire, aujourd’hui même ?

L’évangile de cette nuit est tiré de Saint Matthieu. Marie Madeleine et « l’autre Marie » voient un ange qui leur apparaît, resplendissant. La terre tremble.

Jésus se montre ensuite, paisible. Il les salue du salut usuel : « Réjouissez-vous. » Il leur donne cet ordre : « Allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée. »

« Mes frères ». Il est passé par la mort. La terre, le ciel et les enfers en sont chamboulés. Il reste pourtant à notre niveau, accessible, fraternel, humain.

Comment le retrouver dans notre monde enténébré ? Qu’est-ce qui pourra rendre crédible notre annonce de la joie pascale ?

Notre témoignage sera crédible si on peut sentir que nous sommes en paix. Et aussi si l’on sent notre espérance. Si nous sommes généreux. Si nous prions pour tous, simplement, naturellement, sans ostentation ni timidité.

Et aussi : si nous sommes fraternels.

Dans le malheur qui nous frappe, la première bonne nouvelle est celle de la fraternité. Ils sont innombrables ceux qui prennent soin d’autrui, qui se sacrifient, qui compatissent. Cela ne devrait pas nous étonner. La fraternité et l’altruisme ne sont pas des miracles. Dieu nous a faits ainsi : pour nous aimer les uns les autres.

On dira que Dieu est trop oublié. C’est vrai. Et c’est le plus grand des drames. Mais tous ceux qui aiment sont enfants de Dieu.

Aujourd’hui, nous avons mille raisons d’être terrifiés. Nous en avons tout autant d’admirer et de rendre grâce. Commençons par là. Ensuite, nous saurons dire l’Évangile : « Vous êtes tous frères. » Sans oublier d’ajouter : « Vous n’avez qu’un seul Père ».

La terre tremble, mais voici le Seigneur. Il dit une parole de paix : « Réjouissez-vous. »

Père Jean-Loup Lacroix

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