Dans la peine

« Je vous laisse la paix » (peinture de Berna)

« Maintenant, vous aussi, vous êtes dans la peine. » Jésus dit cela à ses disciples le soir du Jeudi Saint, à la veille de sa mort. C’était l’évangile de la messe de ce vendredi.

Comme je méditais ce texte, je pensais à un confère sulpicien dont je venais d’apprendre le décès quelques heures plus tôt, au soir de l’Ascension, foudroyé par le COVID. C’était un homme dans la force de l’âge, vice-recteur du grand séminaire de Douala. Quelques jours avant de tomber malade, il avait pris le risque de sortir du confinement pour accompagner un séminariste aux obsèques de son père. Un ami l’avait rencontré ce jour-là. Il m’écrit : « Je suis très bouleversé. Il était enthousiaste et rayonnant. »

« Vous aussi, vous êtes dans la peine. » Jésus vient d’évoquer la douleur d’une femme qui enfante. Il ajoutait : « Quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance. » Il en sera de même pour ses disciples : « Je vous reverrai, et votre cœur se réjouira ; et votre joie, personne ne vous l’enlèvera. »

Nous comprenons que Jésus annonçait aux Apôtres sa résurrection. Mais qu’en est-il pour nous ? Jésus ne nous est jamais apparu. Il nous faut « croire sans voir ».

Quand donc viendra la consolation ? Quand viendra-t-il ce « nouveau monde » que beaucoup veulent déjà préparer ? Devrons-nous attendre … la fin des temps ?

Nous expérimentons qu’il n’en est pas ainsi. Il peut certes arriver que nous soyons dans une tristesse si profonde que nous ne sachions même plus ce que signifie ce mot, « joie » ; mais notre expérience la plus habituelle est que peine et joie se mêlent dans nos cœurs. Même dans les jours de peine, comme en ce moment, nous pouvons ressentir une joie intérieure qui subsiste et qui parfois grandit.

« Votre cœur se réjouira » : c’est une parole pour aujourd’hui.

Comment parvenons-nous à trouver mille motifs de gratitude et de joie, alors même que le mal nous saute à la figure ? Le même soir du Jeudi Saint, Jésus avait donné la réponse : « Je vous enverrai un autre Défenseur. »

Cette paix qui parfois nous étonne nous-mêmes, sa source n’est pas en nous. Elle est l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est lui qui permet sans cesse à nouveau que notre peine se change en joie.

Durant les 10 jours qui vont de l’Ascension à la Pentecôte, les Apôtres sont au Cénacle avec Marie et un petit groupe de femmes. Ces journées sont comme une gestation. Au terme, ce sera l’effusion de l’Esprit Saint. Ils ouvriront les portes. L’Église sera née.

Ils auraient alors pu croire qu’ils en avaient fini avec les épreuves. En fait, non. Jour après jour, siècle après siècle, les disciples de Jésus auront tous et chacun à porter leur croix pour marcher à sa suite. Mais il se passera aussi que jour après jour, et jusqu’à aujourd’hui, toujours à nouveau, leurs peines se changeront en joie.

Qu’il en soit ainsi !

Père Jean-Loup Lacroix

 

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