Misère redoublée des plus pauvres

Nous ne pouvons pas oublier les principales victimes de l’épidémie : en premier lieu les malades eux-mêmes, mais aussi celles et ceux dont la misère se trouve littéralement redoublée. J’ai demandé son témoignage à un paroissien très actif auprès des plus pauvres. Quelle misère ! (JLL)

Et pendant ce temps là …

Vous avez dit « confinés ? ». Pas tous, malheureusement. Il y a ceux qui voudraient bien l’être. Deux petites histoires.

Celle de S…. Elle est dans la rue, avec sa fille, adulte, invalide en petite voiture et ne sait pas où aller, où s’abriter, où trouver à manger.

Le secrétariat de Médecins du Monde appelle un des médecins bénévoles qui assurent des consultations téléphoniques pour les étrangers. « Qu’est-ce qu’on peut faire pour cette femme ? »

Le médecin, qui a des liens avec « Aux Captifs la libération » pense à l’hébergement offert, pendant le confinement, par les Sœurs de Montmartre.

24 heures après, nouveau coup de fil : « Tu sais où on peut trouver des couches pour adulte ? La personne en petite voiture, eh bien ! en plus elle est incontinente »

Le médecin, au demeurant paroissien de Saint-Sulpice, se dit qu’il y en aurait peut-être à … UPBA, vous savez, cette association que l’église accueille dans les cryptes et qui prépare des « petits bagages » pour les femmes en situation de précarité qui viennent d’accoucher et n’ont pas, loin s’en faut, le nécessaire pour leur nouveau-né ou pour elles.

Chance ! il y a, justement, deux grands paquets de couches, taille M, disponibles dans le local.

Seconde petite histoire. Cette fois, il s’agit de A…, mis en contact avec le médecin d’accueil, par Médecins du Monde. Au moment de raccrocher : « Ah ! Docteur, il faut que j’vous dise, mon problème, c’est aussi que ça fait trois jours que je n’ai rien mangé ».

Le médecin appelle la Mairie, pour savoir s’il y a des circuits de distribution dans cette ville. « Non ! C’est pas nous. Adressez-vous au Commissariat de Police ». Au Commissariat : « Voyez avec le Centre d’accueil social. » Au CAS : « Le CAS n’est ouvert que demain ».

En dernier recours, le médecin joint la paroisse locale : « Mais oui, appelez Mme Unetelle, c’est la responsable du Secours Catholique : elle a l’habitude ». Mme Unetelle note les indications permettant de retrouver Monsieur A…

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Le médecin rappelle Monsieur A : « Oui, on m’a contacté pour me proposer de me donner de la nourriture, mais comme j’me suis fait quelques euros, j’ai dit que je n’avais plus besoin ». Réponse du médecin, interloqué : « Et demain, comment ferez-vous ? Vous pouviez être inscrit sur une liste de distribution. Rappelez la personne qui vous a contacté ! » – Silence.

C’est vraiment la mer à écoper … à la petite cuillère !

 

Un refuge pour les plus fragiles

Depuis le 6 avril, une dizaine de femmes en grande précarité sont hébergées dans les locaux de l’hôtellerie de la basilique du Sacré-Cœur. Issues de la rue, elles ont été prises en charge par l’association Aux Captifs, la libération, le temps du confinement.

Elles sont douze, bientôt quinze. Elles viennent de la rue pour certaines, ont été expulsées de leur logement faute de pouvoir payer leur loyer pour d’autres, et vivaient depuis dans des squats ou des gymnases…

« Elles nous arrivent fragilisées par ce qu’elles ont vécu, explique Alison, travailleuse sociale de l’association Aux Captifs, la libération, chargée de l’organisation sur place. La plupart sont très préoccupées par leur santé. Pour celles qui souffrent de maladies chroniques, on engage des démarches de soins. »

Sollicitée par le diocèse, la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre leur a tout de suite ouvert ses portes.

« La communauté était prête pour une telle demande, explique Sr Marie Agathe, bénédictine du Sacré-Cœur, responsable de la Maison Éphrem, l’hôtellerie de la basilique. Nos locaux sont grands et depuis la fermeture de la basilique au public, ils étaient vides. Nous souhaitions qu’ils servent. »

La demande du diocèse a été reçue « comme un appel du Seigneur, une mise en œuvre de la charité, discrète mais réelle. Un peu à l’image du Christ en mosaïque, qui orne le chœur de la basilique, ouvrant grand ses bras pour accueillir ceux qui viennent à lui. »

Ici, à l’ombre du Sacré-Cœur, ces femmes se sentent à l’abri, au moins pour un temps. Protégées par la basilique, « privilégiées, presque », sourit Alison.

(Priscilia de Selve, Paris Notre-Dame du 23 avril. Photo : © Aux Captifs la Libération.)

 

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