Pentecôte

« Quand arriva le jour de Pentecôte, ils se trouvaient réunis tous ensemble. » La descente du Saint-Esprit sur les Apôtres va se produire le jour d’une fête religieuse juive. En terre d’Israël, les mois-sons sont précoces. Pâques est la fête des prémices. Cinquante jours plus tard, Pentecôte est la fête des moissons. Le chiffre de 50 suggère une plénitude, une surabondance : 7 fois 7 jours, plus en-core un jour ! La moisson est terminée. Les greniers sont pleins. Il faut maintenant se rendre au temple pour remercier Dieu.
C’est dans ce cadre que va se produire l’événement spirituel du don de l’Esprit Saint. D’abord, un bruit. Puis, ces flammes qui se posent sur chacun. Puis, le miracle des langues. Puis, la foule qui s’assemble et s’étonne. Puis, Pierre qui prend la parole. Puis, les conversions et les baptêmes.
L’Église était née.
Je suis frappé par ce qui est quand même un paradoxe. Un événement aussi « hors normes » que la véritable tornade surnaturelle que fut la Pentecôte eut lieu précisément le jour d’une fête religieuse. Quiconque a une certaine connaissance de la vie spirituelle sait bien que l’Esprit vient comme il veut et quand il veut. La vie mystique se joue des cadres étroits qu’on voudrait lui imposer. Voi-ci pourtant que le plus bouleversant des tous les événements religieux est venu trouver sa place, bien sagement, dans le calendrier tout à la fois religieux et agricole d’une fête des moissons.
Avez-vous deviné où je veux en venir ? Nous allons fêter Pente-côte. C’est un rendez-vous annuel, une fête du calendrier. Mais le risque serait de n’y voir qu’une simple commémoration. Nous devons en attendre bien davantage. L’événement de Jérusalem prouve à lui seul que les fêtes des calendriers religieux sont des jours propices pour de véritables événements spirituels. Dieu se plaît à nous donner des rendez-vous et à les honorer.
Nous ne pouvons certainement pas nous contenter de demander à l’Esprit Saint un peu plus de courage et de foi. Dans la situation in-saisissable où nous nous trouvons cette année, nous avons plus que jamais à nous tourner vers lui pour lui demander de venir sur nous-mêmes et sur l’Église entière avec la même puissance irrésistible qu’il manifesta au premier jour. C’est bien une véritable effusion du Saint-Esprit dont nous avons besoin. Nous ne lui demandons pas la même ivresse que celle des Apôtres. Pas nécessairement non plus de venir à nous comme un feu. Qu’il fasse comme il veut, mais qu’il se saisisse de nous. Qu’il nous donne sa force et sa douceur. Sa lumière. Qu’il nous rende lucides et joyeux, courageux, miséricordieux, imaginatifs, persévérants. Et que cela soit contagieux. Pas comme une maladie bien sûr, mais comme l’espérance peut l’être, la confiance, le bonheur.
Le Ressuscité avait fait savoir que l’Esprit Saint viendrait : « C’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés dans quelques jours » (Actes 1,5). Cette parole vaut pour nous aujourd’hui.
Père Jean-Loup Lacroix

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