Je vous procurerai le repos

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

« Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 25-30)

En ce temps-là,
Jésus prit la parole et dit :
« Père, Seigneur du ciel et de la terre,
je proclame ta louange :
ce que tu as caché aux sages et aux savants,
tu l’as révélé aux tout-petits.
    Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.
    Tout m’a été remis par mon Père ;
personne ne connaît le Fils, sinon le Père,
et personne ne connaît le Père, sinon le Fils,
et celui à qui le Fils veut le révéler.

    Venez à moi,
vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,
et moi, je vous procurerai le repos.
    Prenez sur vous mon joug,
devenez mes disciples,
car je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez le repos pour votre âme.
    Oui, mon joug est facile à porter,
et mon fardeau, léger. »

« Je vous procurerai le repos »

Jésus parle à des gens qui savent ce que c’est que la fatigue.
il vient de les appeler à lui : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. »
Il leur promet le repos.
Aujourd’hui, il nous promet le repos. Est-ce que nous prêtons l’oreille ? Est-ce qu’il y a là quelque chose qui nous attire ? Le repos peut nous apparaître comme négatif, ennuyeux. Des loisirs ? Cela nous attire. Des voyages. Du nouveau. Changer d’air. Vivre sans contraintes. Tout cela nous convient. Mais le repos ?
Autrefois, les prières pour les défunts demandaient pour eux le repos éternel. Sur les tombes, on gravait ces trois lettres : R.I.P., ce qui signifiait Requiescant In Pacem, qu’ils reposent en paix. Tout cela nous semble bien négatif. Pourtant, rien n’est plus actuel que cette promesse du Christ. Rien n’est plus urgent que de l’écouter. Le confinement que nous avons vécu a été pour beaucoup un repos forcé. On s’est aperçu qu’on ne savait plus se reposer, que nous vivions dans un monde où tout allait toujours plus vite. Le repos forcé peut être une expérience très éprouvante. Il peut aussi être une expérience libératrice.
Le repos n’est pas seulement bienfaisant parce qu’il nous permet de refaire nos forces et de nous détendre. Il est comme un vide, comme le silence, comme le désert, comme un jeûne, mais il ne faut certainement pas en conclure qu’il serait sans valeur, ni beauté, ni intérêt.
Jésus dit : « Je vous procurerai le repos. » Oui, ce sera d’abord comme un fardeau que l’on dépose, comme un soulagement. Mais il y a infiniment plus. Savez-vous que Dieu se repose ? Vous est-il arrivé de méditer sur le mystère du repos de Dieu ? Dans la religion d’Israël un élément est très important, jusqu’à aujourd’hui, c’est le repos du sabbat.
Celui-ci a un sens religieux : le septième jour, après avoir créé le Ciel et la terre, Dieu s’est reposé. On pourrait dire – ce qui est une image, bien sûr – que Dieu est retourné à son repos.
Ce repos de Dieu, Dieu veut nous en ouvrir la porte. Il est la Terre Promise, où entreront ceux qui auront été fidèles.
Pour avoir une idée du repos de Dieu, je ne connais qu’un moyen : il faut rester en silence, devant Dieu, il faut prendre le temps de se recueillir, il faut adorer.
Si notre prière est bavarde, si nous sommes incapables de nous tenir devant Dieu sans lui présenter une infinité de soucis et de requêtes, nous ne découvrirons jamais le grand mystère et les splendeurs du repos de Dieu.
Nous avons tous besoin d’apprendre à prier en silence, et nous avons besoin d’apprendre à faire de ce silence non pas seulement le cadre d’une méditation mais celui d’une contemplation.
La différence, c’est que dans la méditation, on peut remuer encore beaucoup d’idées, notre esprit s’agite, notre âme n’est pas en paix. Si Dieu nous fait la grâce d’une véritable contemplation, il n’y a plus de mots, mais un élan d’amour, une joie, une certitude, le temps qui passe sans peser, la simple gratitude, la confiance, une plénitude de silence.
Quand Jésus dit : « Je vous procurerai le repos », il possède en lui ce dont il parle. Il est plein d’énergie. Il dira un jour : mon Père travaille toujours et moi aussi, je travaille. Mais il possède au fond de lui une source sans cesse jaillissante d’assurance et de sérénité qui est sa divinité même.
Oui Dieu travaille, et on peut naïvement imaginer qu’il se repose ensuite, au septième jour.
Il est plus juste de dire que ce que Dieu fait ne retire rien à son repos.
Le repos de Dieu n’est pas un repos qu’un bruit, ou une parole, ou le souci d’une chose à faire dont on se rappelle, peut venir troubler.
Dieu n’a pas besoin de se mettre à l’abri pour être en paix.
Son repos n’est pas un vide, il est plénitude. Il n’est pas faiblesse, il est force. Il vient de sa force.
Le repos de Dieu est comme le calme des profondeurs des océans, mais des profondeurs qui seraient sans ténèbres, sans monstres cachés, sans rien qui puisse angoisser. Une douce lumière partout, une absolue sécurité, un contentement sans vanité, ni orgueil, car Dieu est au-dessus de ces sentiments misérables. Et surtout cet amour qui donne tout et qui se donne : le Père qui aime le Fils, le Fils parfaite image du Père, le Saint Esprit comme la douceur d’un parfum comme celui qui ne laisse subsister aucune distance, aucun antagonisme, entre le Père et le Fils comme le secret de leur paix. Infinie.
Père Jean-Loup Lacroix
Homélie du dimanche 5 juillet 2020

Les commentaires sont fermés.