Je te donnerai les clés du royaume des Cieux

Les deux questions de Jésus posées aux apôtres « au dire des gens qui est le Fils de l’homme ? » et « pour vous qui suis-je ? » n’ont pas pour but de vérifier la cote de popularité de Jésus auprès des gens, puis auprès de ses propres disciples, mais de s’assurer que ce qu’il veut faire passer ne passe pas de travers.

En effet à l’époque de Jésus, beaucoup de juifs attendaient un Messie, un homme, descendant humainement ou spirituellement de David qui viendrait restaurer le royaume d’Israël et redonner l’autonomie au peuple successivement envahi par les grecs et les romains.

Le rôle de ce Messie (en grec de ce Christ) n’était pas clairement défini dans les Écritures : il pouvait désigner un nouveau roi (Is 7), un serviteur souffrant (Is 52), une manifestation de la fin des temps (un fils d’homme chez Dn 7), ou un prophète qui reviendrait pour guider à nouveau le peuple, comme en atteste l’évangile, mais pour la plupart des contemporains de Jésus, sous occupation romaine, la manifestation messianique est nationaliste et triomphaliste : c’est la venue d’un messie glorieux, chef politique et militaire, venant restaurer le royaume de David.

Les disciples n’échappent pas à cette ambiance : tout de suite après sa profession de foi, Pierre, comme nous l’entendrons dimanche prochain, refuse la perspective de la mise à mort du Messie. Même après la résurrection, lors des apparitions du Christ, la seule question posée par les apôtres : “est-ce maintenant que tu vas rétablir le royaume d’Israël ? ».

Or ce n’est clairement pas ce messianisme-là que Jésus vient instaurer : il se réfère au serviteur souffrant annoncé par Isaïe : un homme juste capable de donner sa vie pour porter le salut des pécheur. Plus encore, il vient manifester la présence de Dieu qui visite son peuple en venant habiter parmi les hommes. Mais il faut du temps pour intégrer une telle réalité, beaucoup plus humble et en même temps plus profonde qu’un messianisme terrestre. C’est la raison pour laquelle Jésus demande aux disciples de ne pas dire à la foule qu’il est le Christ : cela l’empêcherait d’accomplir son véritable ministère.

Quand Pierre fait cette belle profession de foi « tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant », cela lui est clairement inspiré du Père et non pas par sa propre logique qui n’ira pas tellement plus loin que cette déclaration. Mais Jésus est admiratif de la manière dont il se laisse progressivement déplacer par l’Esprit Saint et c’est cela qui, malgré les limites de Pierre, le pousse à lui confier sa responsabilité de son Église.

A nous aussi, en cette période de rentrée, la question nous est posée : qui est Jésus pour nous ? Nous ne sommes pas dans la situation des apôtres et nous savons que le Christ est Dieu lui-même qui est venu partager notre humanité, mais comme le rappelle Saint Paul dans sa lettre aux romains, nous n’avons jamais fini de découvrir la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu. Il nous est bon, à la suite des apôtres de nous poser cette double question : qu’est-ce que le Christ veut me faire découvrir de lui-même en cette année qui commence ? En quoi, puis-je à la suite de Pierre et des apôtres contribuer à bâtir son Église ?

Dimanche 23 août 2020

Père Henri de La Hougue

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