« Mon esprit exulte en Dieu mon sauveur. »

Le Magnificat est une prière, peut-être la plus belle qui existe, mais cette prière est formulée comme une confidence. Marie exprime les sentiments qui l’habitent. On pourrait dire qu’elle nous les partage.
Nous est-il arrivé d’éprouver des sentiments semblables ? Savons-nous par expérience le sens du mot « exultation » ? Si nous n’avions jamais connu cela, il faudrait dire qu’il n’est pas trop tard pour bien faire. La joie intense que nous n’aurons jamais éprouvée, elle reste une possibilité, ou plutôt une promesse.
Nous fêtons l’Assomption de Marie. Ce fut le terme de son existence terrestre. Les évangiles apocryphes ont inventé que les 12 apôtres se seraient rassemblés du monde entier pour entourer Marie au moment de sa dormition, c’est-à-dire de sa mort apparente, qui n’était qu’un sommeil.
Comme toutes les légendes, celle-ci exprime une profonde vérité. Même si la fin de vie de Marie fut infiniment discrète, même si sa disparition n’est racontée nulle part, l’évènement était considérable et concernait toute l’Eglise. Pourquoi cela ? Parce que l’Assomption de Marie est une promesse pour tous. La résurrection du Christ ne fut pas un évènement qui n’aurait pas concerné que lui. Le Jeudi Saint, il avait dit à ses Apôtres : « Je pars vous préparer une place ! »
Pendant son supplice, il y avait eu ce dialogue très étonnant, presque incroyable, entre lui et l’un des criminels exécutés en même temps que lui : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. – En vérité je te le dis, aujourd’hui, avec moi tu seras dans le paradis. »
Cet homme accompagnait Jésus dans sa mort. Cette mort allait être pour lui la porte de la miséricorde. Sans délai son âme allait connaître la paix, et même le bonheur, celui du paradis.
Ce criminel, est donc le premier grâcié, le premier à entrer au paradis en passant par la porte de la Miséricorde. Le cas de Marie est bien différent. D’abord, chez elle, la miséricorde divine avait précédé tout péché, elle était l’Immaculée, la Toute Sainte. Elle était l’innocente même. Mais elle était aussi la première à participer pleinement à la résurrection de son fils. Le bon larron, mais aussi Etienne, mais aussi Jacques, le Fils de Zébédé avaient connu la mort puis le paradis, mais leur corps restait détruit, quelque part, leurs pauvres restes finissaient de se décomposer. Le jour de l’Assomption, le Christ vient emporter sa mère corps et âme. Ce qui est certainement vrai, dans les évangiles apocryphes, c’est que son corps avait disparu. La légende, c’est qu’il avait été remplacé par une jonchée de fleurs odorantes. La vérité, c’est que nulle part, jamais, il n’y eut un tombeau de la mère du Christ, ni des reliques vraies ou fausses qu’on se serait partagées. Il y a là un argument tout à fait important pour étayer notre foi dans l’Assomption de Marie. Si les chrétiens des premiers siècles n’avaient pas été unanimes à partager cette foi, même sans s’en expliquer, on peut être sûr qu’on aurait cherché, et prétendu trouver, où se trouvait son tombeau. Ni alors, ni plus tard, personne ne l’a fait.
« Mon âme exulte le Seigneur, mon esprit exulte », disait Marie. Sa joie était d’abord une joie de l’âme et de l’esprit, elle le dit elle-même, mais elle l’atteint tout entière, corps et âme. L’évangéliste nous dit qu’elle s’était rendue « avec empressement » chez sa cousine Elisabeth. Nous pouvons l’imaginer sur la route qui marche d’un bon pas. Elle ne porte pas seulement dans sa mémoire le souvenir de la rencontre avec l’ange, un pur esprit, elle porte dans ses entrailles un enfant bien réel. Elizabeth, enceinte de six mois, peut lui dire : quand j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
L’évènement de la Visitation annonce celui de l’Assomption, car c’est la même plénitude de joie : une joie spirituelle dont le corps a sa part.
Les derniers siècles ont vu se succéder, notamment en France, plusieurs apparitions de la Vierge Marie. Le plus souvent, il s’agit bien d’apparitions : celle qu’on ne voyait pas se rend visible. Il faut cependant remarquer que Marie n’apparait pas comme ceci ou comme cela, souriante ou bien en larmes, vêtue de telle ou telle façon. Elle n’est ni un fantôme ni même un ange. A la rue du Bac, lors d’une des apparitions, Marie s’assied sur un fauteuil qui est là : Sœur Catherine s’approche. Se met à genoux. Tout naturellement, elle met ses mains jointes sur les genoux de la Vierge. Elle n’est pas comme Saint Thomas qui voulait toucher les marques des saintes plaies du Christ. Elle exprime son affection à celle qui est sa mère en s’approchant d’elle comme un petit enfant. Plus tard, elle se souviendra de ce détail, qui n’en est pas un : Marie n’est pas seulement une belle âme.
Il nous arrive peut-être pas très souvent d’exulter. Cette joie extrême, semble résonnée à qui est jeune, en pleine santé, à qui a confiance en la vie et a le cœur pur.
Notre temps est le temps de l’inquiétude et des illusions perdues.
Mais l’Assomption est analogue au matin de Pâques. Le tombeau est vide. La porte est ouverte.
Le Magnificat n’est pas le souvenir d’une jeunesse perdue.
Elle est une promesse.
Père Jean-Loup Lacroix
Homélie du samedi 15 août 2020

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