Amour de Dieu et amour du prochain

Homélie du dimanche 30 novembre


Les évangiles de ces derniers dimanches nous présentent des controverses dans lesquelles Jésus est régulièrement soumis à des pièges de la part de ses détracteurs. A peine venait-il de déjouer un piège tendu par les sadducéens, que les pharisiens essaient à nouveau de le mettre à l’épreuve.

Ils suspectent Jésus de trop mettre en avant l’amour des pécheurs aux dépens du respect de Dieu et du coup, de relativiser les règles de la Loi, notamment les règles de pureté ou le respect du sabbat. En effet pour les pharisiens, le respect de Dieu passe par la stricte observance de ces règles de pureté et du sabbat. Respecter strictement le sabbat par exemple, c’est accepter que Dieu passe avant toute autre chose, y compris avant les richesses produites par le travail, le confort de la vie de tous les jours. Si une personne commence à tricher avec le sabbat, elle relativise l’importance de Dieu dans sa vie, en considérant finalement qu’elle n’a pas besoin de Dieu pour vivre.

Et donc, les pharisiens sont agacés de voir Jésus relativiser certains préceptes du Sabbat, fréquenter les pécheurs au risque de se rendre impur, etc. Certains considèrent que Jésus ne connaît pas bien la loi et ne cherchent pas vraiment à la pratiquer. C’est le cas de ce docteur de la loi qui, en interrogeant Jésus sur le plus grand commandement, s’attend ce que Jésus mette en avant l’amour des gens et ne cite pas les grands commandements de la loi. Il pourra alors l’accuser de relativisme théologique et d’ignorance de la loi.

Or Jésus cite bien le « shema israël », le credo fondamental de la foi juive (Dt 6,5) : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit », mais il y associe, au même niveau, le commandement de l’amour du prochain qui se trouve dans lui aussi dans la Torah (Lv 19,18). Pour Jésus, respecter la Loi et les Prophètes, c’est-à-dire être fidèle à la Parole de Dieu, c’est justement savoir tenir les deux commandements en même temps.

Il n’y a pas de véritable amour de Dieu sans amour du prochain et il n’y a pas de véritable amour du prochain sans amour de Dieu. Il y a un lien indissociable entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain.

Sur de double commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, je veux préciser trois éléments :

1- Comment « aimer » peut faire l’objet d’un commandement ? Est-ce que l’amour se commande ?

· Non, si l’amour c’est seulement « tomber amoureux », se laisser envahir par un sentiment ou un attrait, face auquel on perd sa liberté.

· Mais l’amour que Dieu nous propose de vivre avec lui, ce n’est pas d’abord un sentiment amoureux. C’est un engagement plus profond, qui est ici exprimé par trois éléments : le cœur, l’âme et l’esprit :

o Le cœur (kardia), dans l’évangile, c’est le siège de la volonté et des projets… Aimer Dieu de tout son cœur, c’est avoir la disposition intérieure pour accueillir et aimer Dieu (C’est à ce titre qu’on parle dans la bible du cœur ouvert, d’un cœur de chair, par opposition au cœur endurci et au cœur de pierre)

o L’âme (psuchè), dans l’évangile, c’est le siège des désirs, du caractère et de la personnalité. Aimer Dieu de toute son âme, c’est s’engager de toute sa personne en engageant ses désirs.

o L’esprit (dianoia) dans l’évangile, c’est ce qui passe par l’intelligence : aimer Dieu de tout son esprit, c’est chercher à comprendre Dieu et son plan d’amour pour les hommes.

Nous comprenons ici qu’aimer ce n’est pas « subir une passion », c’est choisir d’intégrer la relation avec Dieu comme source bienfaisante de vie en engageant sa volonté, son être profond et son intelligence. Cela n’empêche pas, heureusement, de ressentir de temps en temps, la chaleur de sa présence.

2- Le fait que Jésus fasse le parallèle entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, nous permet aussi de ne pas considérer de manière trop abstraite ce commandement de l’amour de Dieu : c’est une relation vivante, qui, comme toute relation avec son prochain doit être nourrie de manière simple et concrète. Ce qui est valable dans l’amour humain : la nécessité de se parler régulièrement, d’accepter l’autre dans sa différence, de prendre du temps ensemble, la nécessité de se laisser aimer, … tout cela est aussi valable dans la relation avec le Seigneur.



3- Le lien entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain fait que l’amour du prochain est le lieu de vérification de l’amour de Dieu. Celui qui dit « j’aime Dieu » alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur, dit Jean (1 Jn 4,20). Inversement celui qui dit aimer son frère sans aimer Dieu, alors cet amour, tout à fait honorable, ne pourra pas se déployer au maximum car il sera coupé de la source de tout amour qui est Dieu.

Parfois certains me demandent comment on peut savoir si on progresse dans la vie spirituelle ; ce double commandement est un bon lieu pratique et concret de vérification de progression dans la vie spirituelle.

Si vous constatez que votre prière vous rend plus attentifs aux autres, plus à l’écoute et plus disponible… c’est qu’elle est ajustée…

P. Henri de LA HOUGUE



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