La sainteté à portée de tous


« Le but premier de cet Institut sera de vivre souverainement pour Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur, de telle sorte que l’intérieur de son fils pénètre l’intime de notre cœur et qu’il soit permis de dire à chacun ce que saint Paul affirmait pour son compte, avec confiance : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ». Telle sera chez tous l’unique espérance et l’unique pensée, tel aussi le seul exercice : vivre intérieurement de la vie du Christ et la manifester en actes dans notre corps mortel ». Jean-Jacques Olier, curé fondateur de notre église et du séminaire avait préparé pour ses disciples un directoire spirituel (Pietas Seminarii) où il expose le but premier du séminaire, dans la perspective que les prêtres puissent ensuite rayonner de cette sainteté auprès des paroissiens, qui eux-mêmes en rayonneront autour d’eux.
Être saint, pour Olier ne consiste pas d’abord en des capacités mystiques extraordinaires ou en des exercices extérieurs d’ascèse très difficiles, mais à nous laisser habiter par l’attitude spirituelle du Christ (« l’intérieur de son Fils ») vis-à-vis de son Père (attitude d’abandon confiant), et de l’Esprit Saint (le laisser travailler en nous) et vis-à-vis des hommes et femmes (amour inconditionnel pour tous). Cette union au cœur de Jésus, peut se vivre quelle que soit la condition de vie et quel que soit le métier, elle concerne tous les disciples du Christ. Elle se manifeste évidement différemment suivant les âges, les états de vie et les activités professionnelles des uns et des autres.
Cette invitation nous donne une indication précieuse pour comprendre comment progresser dans l’union au Christ. Il est important bien sûr de réaliser la présence du Christ à nos côtés comme un compagnon de route (à l’image de la présence du Christ au côté des disciples d’Emmaüs). On peut aussi réaliser combien le Christ se rend présent en nous (« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le
Christ qui vit en moi », Gal 2,20). Mais l’idée de nous laisser pénétrer par « l’intérieur du Christ » nous donne en plus un axe pédagogique pour laisser résonner d’une nouvelle manière les textes de la Parole de Dieu ou pour contempler les mystères de la vie du Christ.
Il s’agit non seulement d’écouter et de mettre en pratique les enseignements du Christ ou de contempler les signes qu’il opère, mais d’essayer de comprendre ce qui l’habite intérieurement lorsqu’il enseigne ces paroles ou qu’il pose ses gestes, et de nous laisser imprégner de cette docilité à son Père et à l’Esprit-Saint, de son amour pour les hommes. Par exemple lorsqu’il se laisse conduire par l’Esprit au désert, lorsque soumis à la tentation, il s’en remet avec confiance à son Père, lorsqu’il se laisse émouvoir par la veuve de Naïn, par la syrophénicien-ne, lorsqu’il décide de faire confiance à Pierre malgré les limites de celui-ci… nous pouvons laisser ces mêmes sentiments nous habiter : nous laisser conduire par l’esprit, dans l’épreuve nous abandonner à la volonté du Père, être dans l’admiration de ce que vivent les autres dans leur foi, etc.
Un tel objectif peut sembler bien loin d’une vie concrète quotidiennement engagée dans le monde, bien occupée par des responsabilités familiales et professionnelles. Et pourtant, la recherche de l’union au Christ n’est pas réservée aux religieux. Elle peut se vivre de bien des manières, à condition que ce désir d’union au Christ soit, comme dit Olier, notre « espérance », notre « pensée » et notre « exercice ». Cela signifie que cette union au Christ donne sens à notre vie (personnelle ou familiale), que nous laissons au Christ une vraie place dans nos pensées, durant la journée ou la nuit, par de brefs moments de prière, et que nous prenions le temps « d’exercer » cette relation par des actes concrets d’amour au sein de nos familles, dans notre entourage professionnel et plus largement pour ceux qui en ont le plus besoin.
Un vieux moine bénédictin me disait qu’en entrant au noviciat, il avait commencé à lire les écrits de Sainte Thérèse d’Avila et de Saint Jean de La Croix. Désespéré de pouvoir arriver à un tel niveau d’ascèse il était allé trouver le maître des novices en lui demandant de quitter le monastère : « je n’arriverai jamais à être un saint ! ». Le maître des novices lui a répondu : la sainteté ce n’est pas de parvenir à ces niveaux, mais c’est de vivre chaque étape et même les chutes, avec le Christ. Serais-tu prêt à essayer ? » Et le jeune novice a persévéré jusqu’à aujourd’hui.
La fête de la Toussaint, c’est la fête de tous ceux qui cherchent à vivre cette union au Christ, en communion avec ceux qui vivent déjà cette union parce qu’ils l’ont cherchée, tout au long de leur vie, ou après avoir rencontré le Christ. Si la foi chrétienne nous propose un chemin fiable et sûr pour parvenir à la sainteté, la fête de la Toussaint concerne aussi, ceux qui, mystérieusement et de manière implicite, ont vécu cette quête d’union à Dieu dans d’autres religions ou d’autres spiritualités. C’est une fête pour toute l’humanité car nous pensons, comme chrétiens, que Dieu qui veut le bonheur et le salut de tous, appelle tous les hommes à la sainteté. En 2018-2019, l’année pastorale était une « année de la sainteté ». A nous aujourd’hui de poursuivre le chemin, en laissant l’intérieur de son fils pénétrer l’intime de notre cœur.
Henri de la Hougue

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