Quand « Tous frères » présente « Tous frères »

Dimanche dernier, le pape nous a offert une nouvelle encyclique intitulée « Fratelli Tutti », « Tous frères », consacrée à la fraternité et à l’amitié sociale. Cette encyclique fait une centaine de pages. Elle se lit facilement parce qu’elle touche des questions très actuelles concernant nos modes de vie dans une société de consommation où dominent une hyper-communication et le primat de l’économie. Elle rejoint beaucoup de questions posées depuis le confinement sur la nécessité de retrouver des relations plus authentiques et des modes de vie plus équilibrés. Voici les principales idées développées dans les 3 premiers chapitres (le numéro entre parenthèse renvoie aux paragraphes de l’encyclique). La suite dans le prochain « Tous frères » !
Le pape désire faire naître dans le cœur de tous les hommes un « désir universel d’humanité » (8). Or il constate dans un premier chapitre que notre monde, trop fermé, comporte de nombreuses ombres :
Chaque génération a la charge de chercher à bâtir la fraternité car c’est un chemin qui ne s’obtient pas une fois pour toutes (11). Or cela est rendu difficile dans notre société actuelle par le primat d’une culture économique qui divise les personnes et les nations (12). Un pouvoir économique à la recherche de
revenus rapides est difficilement compatible avec une recherche authentique de construction de l’humanité. Et de fait, on constate que les droits humains ne sont pas les mêmes pour tous : alors qu’une partie de l’humanité vit dans l’opulence, une autre partie voit « sa dignité méconnue, méprisée … et ses droits fondamentaux ignorés … » (22).
Les grands progrès technologiques qui sont sensés apporter un progrès dans la communication entre les hommes n’y contribuent malheureusement pas réellement, ce qui contribue à une frustration de plus en plus grande de la part des plus pauvres. On ne voit pas dans la recherche de progrès un « cap réellement humain » (29).
De fait, le pape aborde la détérioration de beaucoup de relations humaines : la place des personnes fragiles dans la société : embryons, personnes âgées, migrants… Plus largement il constate aussi une perte d’humanité entre les personnes, quand l’individualisme et la virtualité des réseaux sociaux contribuent à une agressivité sans pudeur où chacun exclut chez l’autre tout ce qu’il ne peut pas contrôler d’un clic (49).
Face à cette réalité le pape nous propose dans un deuxième chapitre une méditation sur la parabole du bon samaritain.
Le samaritain qui s’occupait du blessé a trouvé qu’il méritait qu’il lui consacre son temps, là où les autres pressés ont passé leur chemin (63). Nous sommes tentés nous aussi de nous désintéresser des autres, surtout des plus faibles (64), les personnes à la rue, les personnes agressées. Voir les autres souffrir nous dérange car nous sommes souvent obnubilés par nos propres besoins (65). En allant au secours du blessé, le bon samaritain a montré que « notre existence à tous est profondément liée à celle des autres : la vie n’est pas un temps qui s’écoule, mais un temps de rencontre » (66). Face aux défis de notre monde, notre seule solution est d’être comme ce bon samaritain (67) : nous avons été créés pour une plénitude qui n’est atteinte que dans l’amour. « Vivre dans l’indifférence face à la douleur n’est pas une option possible » (68)
Chaque jour de nouvelles opportuni-tés s’offrent à nous de prendre notre part dans la construction d’un monde plus fraternel. Il ne faut pas tout attendre de nos dirigeants, chacun peut déjà à son niveau se mettre au service du bien, en commençant par les choses les plus concrètes et les plus locales, sans peur de la souffrance ou de l’impuissance (77). Le Christ nous invite non seulement à estimer notre frère abandonné, mais à reconnaître en lui le Christ présent : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » dit Jésus en Mt 25, 35 (84).
Dans un troisième chapitre, le pape nous offre quelques pistes pour penser et gérer un monde ouvert.
L’être humain ne peut se réaliser et atteindre sa plénitude que par l’ouverture aux autres et le don désintéressé de lui-même (87). C’est la dynamique d’ouverture et d’union avec les autres qui est le critère de vérification des attitudes vraiment vertueuses (91). C’est aussi le critère d’une vie spirituelle authentique (92), un amour qui fait que l’être aimé nous devient réellement « cher », « estimé d’un grand prix » (93).
Un tel amour s’étend au-delà des frontières. Il a pour fondement « l’amitié sociale » (99). Cela vaut pour les personnes, mais aussi pour les sociétés et les États. La liberté et l’égalité ne peuvent pas s’obtenir sans une éducation à la fraternité ouverte au dialogue, à la découverte de la réciprocité et de l’enrichissement mutuel (103). Une liberté économique qui, concrètement, ne permet pas à tous de pouvoir en bénéficier ne peut offrir une vraie liberté ; la fraternité perd alors son sens (110). Le droit de chacun doit être pensé en harmonie avec le droit de tous (111).
Il faut, selon la recommandation de Saint Paul, rechercher ce qu’il y a de meilleur pour les autres : pas seulement matériellement, mais au niveau de la maturation et de la croissance humaines (112). La solidarité envers ceux qui ont le plus de mal, qui existe souvent au sein des familles, doit être aussi appliquée au niveau de la société et même de la planète (117).
Comme communauté humaine, nous sommes appelés à veiller à ce que chaque personne vive dans la dignité et ait les opportunités appropriées pour son développement intégral (118). Pour St Jean Chrysostome, « ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c’est les voler et leur enlever de la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons mais les leurs (119) ». La destination commune des biens de la terre est une règle également pour les pays (124), ce qui suppose une autre manière de comprendre les relations et les échanges entre les pays (125). Chacun doit avoir conscience que sa propre nation est responsable du développement de tous.
Il faut donc entrer dans une autre logique qui aspire à donner à tous un toit et un travail dans la perspective d’une « éthique globale de solidarité et de coopération au service d’un avenir façonné par l’interdépendance et la coresponsabilité au sein de toute la famille humaine (127) ».
La suite de la présentation de l’encyclique « Fratelli Tutti » dans le prochain « Tous frères »
Père Henri de La Hougue

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