15 novembre 2020 : 33ème dimanche du temps ordinaire

En cette fin d’année liturgique, les textes nous font réfléchir sur le sens que nous donnons à notre vie : les grandes orientations que nous avons prises, les choix quotidiens que nous posons, nos habitudes, nos rythmes de vie, etc.

Pour cela l’évangile nous propose, avec la parabole des talents, de relire notre vie à la lumière de la foi.

Nous allons d’abord essayer de comprendre ce que sont ces talents, puis je vous donnerai 5 clés pour faire cette relecture.

· Un talent est d’abord le nom d’une monnaie qui correspond, d’après les archéologues, à 34 kg d’or : même si le Christ dit qu’il nous confie « peu de chose » – puisque les richesses de ce monde sont peu de choses comparées au bonheur que Dieu nous promet dans la vie éternelle –, cela a déjà une valeur énorme dans la vie de ce monde et on comprend que celui qui a enfoui ce talent sans le placer à la banque a perdu des intérêts non négligeables.

· Ce mot talent a progressivement, grâce à l’évangile, pris un sens figuré qui signifie les « dons reçus par Dieu » et plus largement aujourd’hui, les bonnes aptitudes de chacun. C’est bien dans ce sens qu’il faut interpréter l’évangile.

· Ces talents ne sont pas seulement des charismes extérieurement visibles, ce sont aussi des aptitudes intérieures qui nous ouvrent vers Dieu et vers les autres dans la durée : c’est la raison pour laquelle le maître qualifie ceux qui ont fait fructifier les talents de serviteurs « bons et fidèles ». L’expérience montre que le témoignage de la fidélité vécue dans la durée, même modeste, est plus important que celui d’un succès momentané.

Que pouvons-nous retenir de la parabole pour relire notre vie d’aujourd’hui ?

– Dans la perspective de la foi, nous sommes invités à recevoir les dons que nous avons comme des biens qui ne nous appartiennent pas mais comme des biens que le Seigneur nous a confiés pour que nous les fassions fructifier.

Dans une société consumériste qui nous pousse à posséder toujours plus, cela est difficile à accepter, mais du point de vue de la foi c’est une chance de se dire que Dieu nous propose une responsabilité dans son projet de salut pour l’humanité… et du coup il nous permet de réaliser que le sens de notre vie dépasse le cadre de notre petite existence personnelle.


– Même si aux yeux du monde celui qui a reçu 5 talents est beaucoup plus important que celui qui en a reçu 2, pour le maître, les deux sont traités de la même manière : tous les deux sont considérés comme de « bons et fidèles serviteurs ». Dieu sait ce qui a réellement de la valeur et ce n’est pas toujours ce que nous pouvons juger humainement : cf. la parabole de la pièce de la veuve face à l’offrande des riches (Mc 12, 41-44), ou celle de la prière du publicain face à celle du pharisien (Lc 18, 9-14).

– Comme beaucoup de paraboles de l’évangile, le but n’est pas de chercher dans quelle catégorie nous sommes : celui qui a 5, 2 ou 1 talent, mais sans doute de réaliser qu’il y a en nous des 3 catégories. Il y a pour chacun d’entre nous des talents confiés par Dieu que nous avons su faire fructifier, mais il y a aussi des talents enfouis pour lesquels le Seigneur est déçu que nous ne sachions même pas les déployer au minimum.

Comment savoir quel sont ces talents que nous avons su déployer et ceux qui sont restés enfoui ? Prendre le temps de la relecture et repérer avec le critère de la charité : ce qui nous ouvre spontanément vers le Seigneur et vers les autres et ce qui nous renferme sur nous-mêmes.

– Le Seigneur n’attend pas nécessairement que nous soyons hyper-productifs en tout : nous ne sommes pas censés avoir toujours et partout les meilleurs rendements et nous avons même le droit à l’erreur, à l’imperfection, mais ce qu’il demande c’est qu’au moins, les talents aient pu être mis à la banque pour assurer un minimum d’intérêt.

Quelle est cette banque ? Quel est ce minimum que nous pouvons faire pour faire fructifier ces dons de Dieu qui restent enfouis en nous ? Il me semble que même si nous ne sentons en nous une flamme extraordinaire pour aller témoigner de l’évangile dans la rue, fonder des associations caritatives etc., nous pouvons à minima partager une partie de nos biens avec les plus pauvres, donner un peu de temps pour les autres, nous arrêter de temps en temps pour prier et confier notre vie au Seigneur… alors, sans rien faire d’extraordinaire, nous aurons en quelque sorte « placé notre argent à la banque ».

– L’image que nous avons du Seigneur compte beaucoup dans la gestion des biens qu’il nous confie. Si nous conservons l’image d’un maître dur et « empêcheur de tourner en rond », celui qui nous fait la morale, celui qui nous maintient dans la culpabilité, qui empêche le déploiement de notre liberté, il nous sera évidemment difficile d’ouvrir notre cœur, d’accepter l’idée que nous avons reçu des dons de sa part et que nous pouvons les faire fructifier.

Mais si nous considérons le Seigneur comme source de joie et de vie en plénitude, celui qui donne un vrai sens à notre liberté, que l’accueil des dons qu’il veut nous donner sera au service de notre épanouissement personnel et fécond pour la société, alors il sera quasiment naturel, pour nous, de faire fructifier les talents reçus.

Henri de La Hougue

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