Homélie de la fête de la Toussaint (1er novembre)

La Toussaint :

C’est la fête de tous les saints :

● un hommage à tous ceux qui nous ont précédés,

● un grand moment de communion entre l’Église visible et l’Église invisible,

● une ouverture au plan d’amour de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés

C’est la fête de l’espérance et de la joie (un peu comme si, chaque soir, au lieu d’entendre le nombre de morts du COVID, on entendait le nombre de personnes guéries du COVID).

C’est la fête de la sainteté, le désir de correspondre au projet de Dieu : un projet personnel mais aussi un projet de société.

Mais ça veut dire quoi être saint ? En quoi Jésus était-il saint ?

Dans l’Ancien Testament la sainteté de Dieu était souvent caractérisée par sa grandeur et son inaccessibilité. C’est lors de la vision de la gloire du Seigneur qui emplissait le temple, avec le chant des anges proclamant « Saint, Saint, Saint le Seigneur ! » que le prophète Isaïe a pris simultanément conscience de la grandeur de Dieu et de sa petitesse à lui. même où Dieu se rend présent par le mystère eucharistique.

Saint Pierre, lors de la pêche miraculeuse, réalise lui-aussi, devant la grandeur du signe donné par Jésus, que Jésus est saint, il se jette à genoux et lui dit : retire-toi de moi car je suis pécheur.

Ainsi, on pourrait donner une première définition de la sainteté de Jésus, liée à sa divinité, aux signes miraculeux qu’il accomplit de la part de Dieu.

Mais ça serait une définition trop réductrice de la sainteté qui serait vue uniquement sous l’angle d’un état, inaccessible qui ne nous concernerait pas vraiment, puisque dans cette perspective, « Dieu seul est saint ».

En réalité la sainteté de Dieu a aussi une dimension dynamique, :

Dans l’Ancien Testament, Dieu invite le peuple à être saint comme lui-même est saint (Lv 19,2)

Dans le Nouveau Testament, la sainteté c’est quand Jésus aime les hommes jusqu’à leur donner sa propre vie. C’est le fait d’avoir mené une existence entièrement tournée vers son Père et vers les autres hommes qui fait de lui un saint.

Et donc pour nous être saint, c’est quoi ?

● ce n’est pas l’héroïsme : ce n’est pas une sainteté acquise par nous même à la force du poignet ou à force de renoncement

● ce n’est pas simplement le fait d’être vertueux, exemplaire dans son comportement moral car on peut être vertueux et triste, vertueux et fier et ne pas donner envie d’être chrétien.

C’est dire « oui » à l’amour que Dieu veut nous donner et nous enraciner dans cette relation. « voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu ». (2è lecture)

Comment faire pour avancer de manière concrète sur le chemin de la sainteté ?

1- D’abord c’est un chemin personnel de rencontre avec le Christ. Le mode de sainteté est donc différent pour chacun, en fonction de notre histoire et de notre situation personnelle et familiale.

2- C’est ensuite un chemin intérieur qui consiste à laisser Dieu être le premier dans notre vie. Dans le vocabulaire d’aujourd’hui, on dirait que la sainteté est dans un « lacher prise » : elle est une ouverture à la confiance, un décentrement de soi : en ce sens c’est un chemin de bonheur, mais très loin du bonheur éphémère de la consommation : un bonheur durable qui trouve sa source non pas dans la possession, mais dans la relation.

3- C’est un engagement concret au service des autres : dans notre entourage proche d’abord, puis auprès des ceux qui nous sont moins proche : ceux de qui on va se faire le prochain en s’intéressant à eux.

Le texte des Béatitudes que nous entendons aujourd’hui peut sembler soit incompréhensible, soit naïf, soit masochiste pour une personne qui le lirait pour la première fois… surtout dans le contexte des attentats contre les chrétiens : Personne n’est heureux de souffrir ou d’être persécuté…

Au moment où les évangiles étaient rédigés les chrétiens étaient déjà persécutés. Ce n’est pas un texte naïf, c’est un choix volontaire de la part de Jésus de nous proposer un chemin décalé par rapport aux valeurs de la société de consommation, de la culture de résultat ou de la réussite économique et sociale.

« Heureux » ici veut dire : « ceux qui vont trouver le bonheur ». Ceux qui vont trouver le bonheur déjà dans la vie présente, mais aussi dans la vie future, c’est

– Ceux qui ont un cœur de pauvre = ceux qui sont capable de recevoir tout ce qui leur est donné comme une grâce

– Ceux qui pleurent parce qu’ils n’ont pas les moyens d’échapper au mal qui leur est fait, ceux qui font le choix de la douceur plutôt que de la force, de la justice et de la miséricorde… ceux qui se laissent purifier le cœur par Dieu et qui font la paix autour d’eux.

– Ce sont tous ceux-là qui sont les porteurs de bonheur sur terre et qui en hériteront au ciel.

A la suite de Jésus, hâtons-nous de devenir des saints pour porter le bonheur au monde.

Père Henri de La Hougue

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