Religion, violence et témoignage

La semaine dernière, dans l’Office des lectures, nous lisions dans le premier livre des Maccabées, la révolte de Mattathias face aux autorités grecques qui, sous le roi Antiochus Épiphane (175-164 avant Jésus-Christ), voulaient interdire le culte juif et imposer le culte aux divinités grecques. Pris de fureur devant un juif qui acceptait de sacrifier aux idoles, Mattathias l’a égorgé sur l’autel, a tué l’envoyé du roi, puis a pris le maquis et a fait circoncire de force tous les enfants juifs (1 Mc 2, 15-28). Ses descendants ont continué la lutte, notamment son fils, Judas Maccabée, et sont devenus des héros du judaïsme (1 Mc 3, 1-9).
Lire cela dans le contexte des attentats islamistes de la semaine dernière a été pour moi l’occasion d’une prise de conscience. La violence religieuse est inscrite dans les gènes profonds de l’humanité et la nouveauté apportée par Jésus, pas seulement dans le contenu de son message, mais dans sa manière d’être, est à comprendre comme une véritable révolution des mentalités religieuses : Lui qui est Dieu, Il a fait le choix radical de la non-violence et même d’une vie donnée par amour pour ceux qui le suivaient, ceux qui étaient indifférents ou ceux qui le rejetaient.
Jésus n’est pas mort devant des centaines de supporters qui le soutenaient et qui, par la suite, ont fait la guerre pour imposer ses idées. Il est mort dans un abandon quasi complet de ses compagnons, ayant conscience que c’est en donnant sa propre vie qu’il apportera le salut au monde. C’est un choix qu’il a fait, à la demande de son Père, avec la force de l’Esprit.
Ce choix de Jésus a mis des siècles à façonner progressivement la mentalité de beaucoup de chrétiens qui, aujourd’hui, ont du mal à comprendre qu’on puisse être un homme de Dieu et faire la guerre pour imposer ses idées.
Or, ce n’était pas évident pour les premières générations de chrétiens. On constate, par exemple, que lors de ses apparitions après la résurrection, juste avant l’ascension, la seule question posée par les disciples concerne justement la mise en place de ce royaume : « est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume d’Israël ? ». Apparemment ils misent encore sur une restauration politique du Royaume. Jésus leur répond que le temps de la restauration est celui du Père, mais que leur manière d’en témoigner c’est de vivre de la puissance de l’Esprit Saint (Ac 1, 6-8). Il faudra du temps aux apôtres, grâce à l’Esprit Saint pour comprendre que l’instauration du Royaume de Dieu ne s’imposera pas par la force mais par le don de leur vie à la suite du Christ. Quand le christianisme devient la religion officielle de l’empire romain sous Théodose à la fin du IVème siècle, la religion officielle chrétienne, qui avait pourtant subit les affres de la persécution durant trois siècles, cherche à s’imposer par la force (exil ou persécution des opposants).
Cette révolution radicale d’une religion qui ne doit pas imposer la Vérité par la force, mais par le don de soi n’est pas naturelle. La tentation de l’imposer par la force, voire par la violence, est bien une caractéristique de notre humanité et restera, jusqu’à la fin des temps, comme une menace. C’est Jésus qui nous a appris que cette violence religieuse portait la marque du péché.
C’est bien justement parce que nous sommes fidèles au Christ que nous devons avoir conscience qu’accepter de tendre la main et d’entrer en dialogue avec ceux qui ne nous reçoivent pas n’est pas le signe d’une naïveté, mais un choix radical de marcher à la suite du Christ. Lorsque Mgr de Moulins-Beaufort, reprenant les mots du ministre de l’intérieur dans une interview au journal la Croix affirme que nous sommes « en guerre » contre l’idéologie de l’islamisme (entretien du 2 novembre 2020), il précise d’emblée que « … dans cette guerre qui est avant tout une guerre spirituelle, nous devons faire attention à ne pas nous laisser absorber par les armes de l’ennemi. Ce n’est pas en opposant une violence à une autre que nous vaincrons réellement. Notre acte de foi, comme chrétiens, c’est de croire que la violence peut être vaincue par la force de l’amour et du pardon, ce qui n’exclut pas les mesures de police et le devoir de protection de l’État ».
Tenons bon dans notre volonté de témoigner du Royaume par un esprit de dialogue et par la fidélité non-violente, surtout quand le sentiment d’être victimes d’injustice augmente et que la tentation de la révolte surgit.
Henri de La Hougue

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