1er dimanche de l’année B. Nouvelle année liturgique.

Voilà plusieurs semaines que les textes nous invitent à prendre nos responsabilités pour notre vie de croyants : développer nos talents, apporter de l’aide à ceux qui en ont besoin et aujourd’hui encore, rester vigilant en guettant la venue du Seigneur.

Pour ma part, j’avoue qu’à la première lecture, ce texte d’évangile m’a mis un peu mal à l’aise : avec l’impression d’une exigence un peu surhumaine de Dieu vis-à-vis de nous :

– non seulement on doit veiller dans la foi, ce qui n’est pas facile car on ne voit pas physiquement Dieu et ses commandements ne sont pas toujours simples à vivre.

– Il faut tenir bon dans la durée, comme un veilleur, comme si on ne pouvait même pas s’accorder le temps du sommeil.

– On a l’impression que Dieu veut arriver à l’improviste pour nous surprendre quand cela ne nous arrange pas.

En y regardant de plus près, et surtout en faisant le lien avec le reste de l’enseignement de Jésus, j’ai été non seulement rassuré, mais j’ai trouvé dans ce texte quatre détails vraiment éclairants pour entrer dans ce temps de l’Avent. Je souligne quatre détails du texte, puis j’aborderai la question fondamentale posée dans l’évangile.

1. Même si le maître semble absent, en réalité, il ne se désintéresse pas de ce qui se passe, il n’a abandonné ni sa maison, ni ceux qui y sont, ni ce qui s’y passe.

2. Il a donné « tout pouvoir » à ses serviteurs : il ne décide pas de très loin car il n’est plus directement aux affaires, il ne veut pas que ses serviteurs soient de purs robots chargés d’exécuter des tâches sans réfléchir : mais il a décidé de faire confiance totalement. Ils sont peu nombreux dans nos sociétés ou dans nos administrations les employés qui ont reçu « tout pouvoir » de la part du directeur… et bien c’est ce que Dieu propose aux croyants : de prendre en main leur vie et la vie des autres en pleine responsabilité : responsabilité de ce qu’on crée, de la manière de gérer notre vie et celle des autres, d’organiser la société.

3. Comme vous l’avez remarqué, il a confié cette responsabilité à toute sa maisonnée : il y a plusieurs serviteurs qui travaillent ensemble, chacun selon ses charismes. Nous ne portons pas seul cette responsabilité, mais nous la portons en église, chacun selon ses charismes. Nous nous aidons mutuellement à accueillir le Christ dans notre vie.

4. Parmi ces serviteurs, il y a un portier chargé de veiller. Avant la réforme liturgique, le premier degré d’ordination conféré à un futur prêtre était celui de « portier » : celui qui était chargé de garder l’église, de permettre aux fidèles de vivre la célébration de la messe en toute sérénité, dans le silence et la méditation. Ce ministère a été confié très rapidement à des laïcs. En fait, nous sommes tous « portiers » au service de la prière et de la foi de nos frères et sœurs.

La question fondamentale de l’évangile, c’est la question de la veille et de la lutte contre l’endormissement. Quel est cet endormissement que le maître n’accepte pas ? Il ne s’agit pas de l’endormissement physique…Dieu ne nous demande pas l’impossible, mais il nous demande d’être dans l’attitude de celui qui attend sa venue, celui qui veille : qu’est-ce que cela veut dire ?

Si nous considérons que notre maisonnée, c’est-à-dire la vie reçue, les biens reçus, nos charismes, les personnes qui nous entourent, comme des biens que nous possédons en propre, que nous que nous nous comportons en propriétaire sans voir l’intérêt des autres ; que nous vivons notre vie sans lien avec sa venue de Dieu, ne voulant surtout pas que Dieu se mêle de nos affaires… alors sa venue sera toujours perçue comme un dérangement, une remise en cause de ce que nous sommes. Il viendra « comme un voleur », dit une autre parabole. C’est cela l’endormissement dont parle l’évangile : il nous trouvera endormis spirituellement : repliés sur nous-mêmes, incapables d’accueillir sa venue.

Mais si notre vie est une vraie collaboration au projet de Dieu, que nous sommes conscients que tout ce qui nous avons reçu est à la fois un don et une responsabilité confiée, alors nous aurons hâte que le Christ revienne pour lui faire part de la manière dont nous avons géré ses projets, lui présenter de vive voix ce qu’il connaît de notre vie, avoir son avis explicite sur nos projets, etc.

Personnellement, j’ai hâte qu’il vienne pour lui présenter ce que j’ai fait, pour avoir son avis sur les épreuves traversées. J’ai confiance en lui et j’ai hâte qu’il vienne, tout simplement parce que je l’aime. Tout sera beaucoup plus facile en sa présence.

C’est dans ce sens-là que le prophète Isaïe prie en demandant : « reviens pour l’amour de tes serviteurs ! ». Le prophète a hâte que Dieu se manifeste. Non pas qu’il se considère sans péché, au contraire, il a vraiment conscience du péché de son peuple, de n’avoir pas été à la hauteur de la responsabilité confiée, mais il sait que quand le Seigneur reviendra, il montrera sa miséricorde.

En ce début d’Avent, désirons ardemment que le Seigneur vienne pour lui présenter avec joie la vie qu’il nous a confiée et recevoir sa miséricorde et profitons du mois qui nous est donné pour ouvrir notre cœur à sa présence.



Père Henri de La Hougue

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