Les mages venus d’Orient

La présence des mages contribue avec l’étoile et les anges à la dimension merveilleuse de la crèche et du temps de Noël. Ils sont tellement populaires que la tradition leur a donné, au fil des siècles, des titres et des noms : trois rois, appelés Gaspard, Melchior et Balthazar. L’évangile est plus sobre : il évoque des mages venus d’Orient, sans même en préciser le nombre. Venaient-ils de Perse, dont les prêtres de la religion zoroastrienne s’appelaient des « mages » ? Qui étaient ces hommes arrivés à la cour d’Hérode, suffisamment importants pour que leur demande bouleverse Hérode et tout Jérusalem ?
Il est difficile de le savoir, mais ce n’est sans doute pas la précision historique qui intéresse Saint-Matthieu lorsqu’il en fait le récit.
La signification est d’abord théologique : comme Jean, dans le prologue que nous avons entendu le jour de Noël : « Il est venu chez les siens et les siens ne l’ont pas accueilli » (Jn 1, 11), l’évangile de Matthieu nous présente, dès le départ, le drame du refus de l’accueil du Messie par les autorités politiques et religieuses de Jérusalem, tandis que les païens s’ouvrent au mystère du Christ.
Le prophète Isaïe avait annoncé un Messie qui non seulement ramènerait les préservés d’Israël, mais qui serait « la lumière des nations païennes, afin que le salut soit présent jusqu’à l’extrémité de la terre ». (Is 49, 6). Il avait aussi annoncé à la ville de Jérusalem que, lorsque les temps viendraient, « les nations marcheront vers sa lumière […], tous les gens viendraient de Madian, d’Efa ou de Saba, apportant l’or et l’encens » (Is 60,3-6). Ces païens, en recherche de Dieu avec leurs propres moyens religieux, se laissant guider de manière mystérieuse par l’étoile, lumière de Dieu dans l’obscurité de leur nuit, devaient être un signe de joie et d’espérance pour les autorités de Jérusalem. Or non seulement, ils ne cherchent plus vraiment à découvrir les signes de l’arrivée du Messie, mais ils voient dans son arrivée une menace pour leur propre autorité.
Aujourd’hui, en cette fête de « l’épiphanie », manifestation de Dieu venu habiter notre terre, les mages de la crèche nous rappellent que la venue du Christ ne concerne pas seulement les chrétiens mais le monde entier et que l’Église est invitée à être cette « Jérusalem eschatologique » capable d’accueillir tous les chercheurs de Dieu, quelles que soient leurs appartenances religieuse et culturelle. L’Église doit être, nous dit le concile Vatican II, « le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain » (Lumen Gentium 1). La venue du Christ ne doit donc surtout pas nous enfermer sur nous-mêmes comme uniques détenteurs de la vérité, mais nous ouvrir aussi à ce qu’il y a de beau et de vrai dans la recherche religieuse de l’humanité, que ce soit dans les autres religions ou dans des quêtes spirituelles indéterminées de beaucoup de nos contemporains. Nous sommes invités à accueillir l’authentique aspiration religieuse de ces « mages », à entrer dans un vrai dialogue avec eux pour que l’Esprit travaille doublement, dans leur cœur et dans le nôtre : nous témoignerons de ce que le Christ représente pour nous, tout en accueillant de nouvelles questions et de nouvelles implications de notre propre foi en essayant de comprendre leur quête de Dieu.
Père Henri de la Hougue

Les commentaires sont fermés.